Vaillant (Marie Edouard)

Ecrit par Marc Nadaux

(26 janvier 1840 - 18 décembre 1915)

 



Marie-Édouard Vaillant naît le 26 janvier 1840 à Vierzon. Il est le fils de Michel Vaillant, notaire et homme d'affaires berrichon, tandis que sa mère est issue d'une famille d'industriels aisés. Ses parents s'installent à Paris en 1842 où leur fils prépare au collège Sainte Barbe son entrée à l'École Centrale. En 1862, il quitte l’institution avec le diplôme d’ingénieur des Arts et Manufactures. Trois années plus tard, Édouard Vaillant est reçu docteur ès sciences à la Sorbonne. Il décide ensuite de se rendre dans l’Allemagne voisine, afin de suivre une formation médicale. Inscrit successivement dans les prestigieuses universités d'Iéna, d'Heidelberg, de Vienne et de Tubingen, Édouard Vaillant est contraint d’abandonner ses études, au moment où il doit soutenir se thèse de doctorat. Pendant l'été 1870 en effet, éclate la guerre franco-prussienne.

Édouard Vaillant est de retour à Paris où s’affirme son engagement politique. Au cours des années passées, l’étudiant a fréquenté les cercles proudhoniens, se liant même d'amitié avec le philosophe Pierre-Joseph Proudhon. En 1867, il adhère également à la section genevoise de l'Association Internationale des Travailleurs, fondée en 1864 à Londres. Fréquentant dans la capitale des opposants à l’Empire (Félix Pyat, Paul Longuet ou Jules Vallès), Vaillant participe aux événements du 4 septembre 1870. A l’annonce de la défaite de Sedan, la République est proclamée, peu après la déchéance de l’Empire. Les combats se poursuivent néanmoins contre les troupes prussiennes. Commence le terrible siège de Paris, tandis que le jeune militant fait la connaissance d’Auguste Blanqui, toujours occupé à fomenter quelque complot en vue de la prise du pouvoir.

Une convention d'armistice signée avec l'ennemi le 8 février, l'élection d'une Assemblée nationale à majorité monarchiste portent à son comble l'exaspération des Parisiens. Le Comité Central de la Garde Nationale, qui a autorité de fait sur la capitale depuis le 10 mars 1871, décide quelques jours plus tard d'organiser des élections communales à Paris. Le 26 mars, Édouard Vaillant est élu membre de la Commune dans le 20e arrondissement. A la Commission exécutive, il se voit également confié le rôle de délégué à l'Instruction publique.

Il décide ainsi de la gratuité et de la laïcité des écoles de Paris, s’attachant également à promouvoir l’enseignement professionnel. Alors que les troupes versaillaises sont entrées dans Paris et que la répression de la Commune a commencé, il tente sans succès d'obtenir un armistice du gouvernement de Versailles, le 25 mai 1871. Quelques jours plus tard, au moment où s’achève la Semaine Sanglante, Édouard Vaillant parvient à fuir la capitale. A pied, il gagne en quelque jours l'Espagne puis le Portugal, d'où il embarque pour l’Angleterre. Le 17 juillet 1872, un Conseil de guerre versaillais le condamne à mort par contumace.

A Londres, dès la mi-août 1871, l’ancien communard est élu membre du Conseil Général de la Première Internationale. Il fréquente Karl Marx, avant de s’éloigner du philosophe l’année suivante pour se rapprocher des milieux blanquistes. Dans les années qui suivent, il rédige ainsi plusieurs manifestes socialistes d’inspiration marxiste : Internationale et Révolution en 1872, Aux Communeux deux années plus tard et enfin Les Syndicaux et leur Congrès en 1876. Parallèlement à ces activités militantes, il achève enfin à l'université de Londres ses études de médecine et est devient titulaire du titre de docteur. Quelques temps plus tard, le Royal College of Surgeons honore le praticien français en l’accueillant dans ses rangs. Le 11 juillet 1880, Vaillant bénéficie de la loi d'amnistie des communards. Il est bientôt à Paris, avant de retrouver Vierzon et son Cher natal.

Au mois de juin de l’années suivante, il adhère au C.R.C., le Comité Révolutionnaire Central, d’inspiration blanquiste, tout en correspondant avec Jules Guesde et le Parti Ouvrier Français (P.O.F.). Il milite ainsi pour l’union des différents courants du socialisme. Au mois de mai 1884, Vaillant est élu aux conseils municipaux de Vierzon et de Paris, dans le quartier de Belleville. Il opte alors pour ce dernier mandat et se réinstalle dans la capitale. A l'Hôtel de Ville, il s’impose rapidement comme le porte-parole de la Commission des ouvriers sans travail. En 1886, le militant socialiste est de retour dans sa ville natale, alors que celle-ci est agitée par la grève de la Société Française de Matériel Agricole et Industrie. Le 16 août, 3.000 Vierzonnais l’accueillent, avant qu’il ne s’emploie à calmer les passions.

Alors que la République s’est installée, l’épisode boulangiste amène un morcellement du mouvement socialiste. Certains blanquistes suivent ainsi Henri Rochefort, autrefois fondateur de La Lanterne, dans le sillage du général Boulanger, créant ainsi au mois août 1889 le Comité Central Socialiste Révolutionnaire (C.C.S.R.). Tandis qu’à gauche, la Société des Droits de l'Homme et du Citoyen unit opportunistes et radicaux en ses rangs. Édouard Vaillant, qui affiche à l’époque des convictions révolutionnaires trop prononcées, est de plus en plus isolé. De 1890 et 1893, il s’occupe alors à reconstruire sa formation politique affaiblie par les scissions et les nombreuses défections. Le C.R.C. gagne en influence, recrutant notamment ses militants en province, dans les régions du Centre et du Midi.

Au mois d’octobre 1893, il est élu député et fait ainsi son entrée au Palais-Bourbon aux côtés d’une cinquantaine d'autres députés socialistes. Il sera d’ailleurs constamment réélu et ne quittera l'enceinte parlementaire qu'à sa mort en 1915. Au cours de ces vingt années de vie politique, Vaillant multiplie les interventions et les propositions de loi à la Chambre, prenant très au sérieux son activité de député. Toujours présent dans la presse socialiste, il occupe également le terrain de l’action sociale, sillonnant la France afin de prononcer des discours, de tenir des réunions, de défendre des grévistes. Aussi, grâce à l’énergie déployée par son leader, le Comité Révolutionnaire Central gagne en influence dans la vie politique française. Il regroupe un nombre croissant de militants et même de dirigeants socialistes, issus notamment en 1896 d’une scission au sein du P.O.S.R., le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire. En 1898, la formation vaillantiste se transforme en Parti Socialiste Révolutionnaire (P.S.R.).

Cependant, dans les années qui suivent, le courant socialiste est marqué par de profondes divisions. A la suite de l'Affaire Dreyfus, Pierre Waldeck-Rousseau constitue le 22 juin 1899 un gouvernement de "défense républicaine", qui compte en ses rangs Alexandre Millerand, nommé ministre du Commerce et de l’Industrie. Lors du Congrès international socialiste, qui se tient à Paris au mois de septembre 1900, Jean Jaurès s’oppose alors avec virulence à Jules Guesde au sujet de la participation à la vie parlementaire et gouvernementale. Édouard Vaillant quant à lui défend la "troisième voie", évitant de se donner tout entier à la défense de la république radicale et refusant de la même manière de se réfugier dans une intransigeance révolutionnaire. Il joue ainsi le rôle de trait d'union entre Jaurès et Guesde. En 1901, avec celui-ci, il crée l'Unité Socialiste Révolutionnaire (U.S.R.), qui devient l’année suivante le Parti Socialiste de France (P.S.D.F.). Au mois d’avril 1905 enfin, au Congrès du Globe, la fondation de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (S.F.I.O.) marque une étape supplémentaire dans le développement du socialisme en France. Les principaux représentants de la gauche s’unissent ainsi au sein d’un même parti politique.

Dans les années qui suivent, Édouard Vaillant est le porte-parole de la S.F.I.O. à la Chambre. En 1907, il dénonce à la tribune la répression anti-ouvrière conduite par Georges Clemenceau et milite également pour la non-intervention de la France au Maroc. Au mois d’août 1914 cependant, au moment de l’entrée en guerre contre les puissances centrales, Vaillant, dénonçant le ''militarisme impérialiste allemand", se range aux côtés de l’Union Sacrée. Il décède quelques mois plus tard, dans la nuit du 18 décembre 1915.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie V