Trogan (Edouard)

Ecrit par Éric Labayle

(12 octobre 1861 - 4 août 1934)

 

 

Édouard Trogan est né le 12 octobre 1861 à Saint-Paul-Cap-de-Joux, dans le Tarn. Après des études à Toulouse puis à Angers, il exerce brièvement le métier de critique musical, puis entre comme secrétaire au service du comte de Falloux. C'est cet emploi, point de départ de sa carrière, qui décide de son engagement politique et littéraire. 

A ce poste, il s'initie aux milieux politiques de son temps et découvre de l'intérieur le courant catholique libéral et conservateur. Il en est profondément déçu et, en réaction, se fait partisan convaincu des libertés religieuses et d'une stricte séparation entre les affaires de la religion et celles de la politique. 

Un temps, cet homme cultivé hésite à se lancer dans la voie de la polémique, qui aurait pu lui assurer une rapide notoriété dans les milieux du journalisme d'opinion. Il lui préfère toutefois la pondération et le travail littéraire. Ses premières publications sont un essai sur Les Catholiques de France et un album intitulé Mots historiques du Pays de France. En 1889, il choisit de répondre à une Lettre pastorale de Monseigneur Freppel sur le centenaire de la Révolution Française par un nouveau livre : L'Équivoque sur la Révolution Française. C'est ce travail qui attire l'attention de Léon Lavedan, directeur de la revue catholique Le Correspondant. Celui-ci propose à Trogan un poste de rédacteur dans sa revue. Libre de ses choix depuis la mort son ancien employeur (le comte de Falloux est mort en 1886), le jeune homme de lettre accepte cette offre. Désormais et jusqu'à sa mort, son destin et celui de cette revue sont intimement liés. 

En 1904, lorsque Léon Lavedan disparaît, il est remplacé par Etienne Lamy à la tête du Correspondant. Ce nouveau directeur a lui aussi pour Édouard Trogan la plus grande estime. En conséquence, il fait de lui le secrétaire général de la rédaction. En marge de ce nouvel emploi, Trogan anime une rubrique régulière intitulée "Les oeuvres et les hommes", avec laquelle il s'assure une solide réputation de liberté d'opinion, de justesse d'analyse et d'intégrité intellectuelle. Jamais il ne se laisse entraîner vers les courants ou les goûts de son temps, préférant conserver une ligne de pensée qui lui est propre, mais sans jamais se départir, même dans la controverse, de la pondération ni de la courtoisie qui font de lui un journaliste respecté. 

Etienne Lamy démissionne de la direction du Correspondant en 1912. Le conseil d'administration lui désigne Édouard Trogan comme successeur. Très vite, celui-ci se met en devoir de rénover la revue. Il y fait écrire de nouveaux auteurs, sélectionnés pour leurs compétences plus que pour leur appartenance politique ou confessionnelle et il élargit la ligne éditoriale. Désormais, c'est l'actualité du monde entier qui trouve place dans ses colonnes. 

Cette oeuvre de rénovation porte ses fruits et le lectorat du Correspondant se renouvelle. Mais la Grande Guerre met un terme brutal à ce regain. Alors que plusieurs de ses collaborateurs sont mobilisés, Trogan s'efforce de les remplacer lui-même et décuple sa charge de travail. Il prend notamment en la rédaction d'une nouvelle rubrique, la "Chronique de la quinzaine", qu'il signe du pseudonyme "Intérim". 

Il poursuit l'animation de cette rubrique après l'armistice de novembre 1918, mais change son pseudonyme en "Louis Joubert". Quelques temps plus tard, il réunit dans un livre intitulé Regards sur la Vie ses chroniques les plus marquantes. En avant-propos de ce recueil, il décrit ces "chroniques de la quinzaine" en des termes qui résument bien l'ensemble de ses conceptions de journaliste : "Elles ont connu cette singulière aventure de prendre, la plupart du temps, le contre-pied de l'opinion courante et des idées reçues. Non par esprit de contradiction ou de stérile contention, mais parce que, dans leur sincère indépendance, elles essayaient de voir pour prévoir".

En marge de son activité au Correspondant, Trogan écrit également pour diverses revues catholiques (La Vie catholique), ainsi que pour des publications de l'ouest de la France. A la fois journaliste et historien, il collabore régulièrement au début des années trente à la revue encyclopédique Larousse mensuel, rédigeant notamment des notices biographiques d'ecclésiastiques. 

Mais après avoir survécu à la Grande Guerre, Le Correspondant souffre du retour à la paix. La concurrence de nouveaux titres se fait plus rude. Les attentes des lecteurs également ont changé. Les ventes chutent et avec elles les recettes. Des réformes s'imposent. Édouard Trogan en propose certaines, qui s'avèrent bien tardives. En 1929, il est démis de ses fonctions par le conseil d'administration qui, piètre consolation, le nomme directeur honoraire et le charge de la chronique politique. C'est le comte Albert de Luppé qui le remplace. Lui non plus ne parviendra pas à sauver la revue, qui cesse la publication le 25 octobre 1933, après 104 années d'existence. 

Usé par la maladie et abattu par la disparition de son cher Correspondant, Édouard Trogan meurt le 4 août 1934 à Puits, dans la Côte-d'Or.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie T