Rockefeller (John)

Ecrit par Marc Nadaux

(8 juillet 1839 - 23 mai 1937)

 



John Davison Rockefeller naît le 8 juillet 1839 à Richford, dans l’État de New York. Il est le second d’une famille de six enfants, celle de William et d’Éliza Rockefeller. Ceux-ci vivent des produits de leur ferme, mais aussi des activités commerciales de William Rockefeller. Ce dernier, qui s’est autoproclamé « Docteur en médecine », parcoure également les campagnes de l’Ouest en vendant ses fioles d’élixir guérisseur. C’est donc davantage son épouse qui a la charge des enfants. Très pieuse, elle les élève dans les préceptes de la religion et la crainte de Dieu. Les Rockefeller s’installent ensuite à Moravia, puis à Owego. C’est là, à l’âge de douze ans, que John a une révélation. Alors qu’il venait de gagner 1 $ après avoir travaillé dur, trois jours durant, pour un voisin à arracher des pommes de terre, son élevage de dindons lui rapporte 50 $, aussitôt prêtés à un fermier du voisinage, moyennant intérêt. Celui-ci lui rapporte 3.5 $. « Je compris, ce jour là, qu’il est absurde de travailler pour l’argent : il faut que l’argent travaille pour vous ».

Venus dans l’Ohio en 1853, les Rockefeller font l’acquisition d’une maison à Strongsville, près de Cleveland. Là, l’adolescent entre à la Central High School de la ville, puis dans une école de commerce. Parallèlement à ses études, il fréquente l’église baptiste, devenant son administrateur en 1860. Entre temps, le 26 septembre 1855, John Rockefeller est entré au service de MM. Hewitt et Tuttle, des négociants en grains et en coton. Il lui faut attendre trois mois ses premiers appointements, avant de devenir caissier, puis comptable. Cet employé consciencieux se voit même gratifier d’un salaire mensuel de 50 $ en 1857. Ce qui est bien peu. Quelques mois plus tard cependant, ayant assimilé les mécanismes du commerce Est-Ouest, il décide de voler de ses propres ailes. En 1859, grâce à ses 900 $ d’économie (le jeune homme s’impose en effet une discipline de vie très stricte !) et à l’aide paternelle, Rockefeller fonde une société concurrente, en compagnie d’un jeune Anglais, Maurice B. Clark.

La même année cependant, le colonel Drake effectue le premier forage pétrolier à Tityus ville, en Pennsylvanie. Et Cleveland devient rapidement l'une des plaques tournantes de la nouvelle industrie du raffinage. Rockefeller et Clark, eux, poursuivent leur ascension. Ils engrangent ainsi 17.000 $ de bénéfices et peuvent bientôt se targuer de l’appui financier de la banque Handy. John Rockefeller est même admis parmi les membres du très sélect Cleveland Union Club. Le 8 septembre 1864, il se marie à Laura C. Spelman, une enseignante. Le couple aura cinq enfants : quatre filles et un fils. Les deux associés se sont trouvés de nouveaux partenaires. Ils sont à présent cinq au total à se lancer dans l’industrie pétrolière, non pas dans le domaine de l’exploitation qui est une jungle, mais dans celui du raffinage. Cependant un désaccord éclate bientôt entre les associés. Pour la somme énorme de 72.500 $, John Rockefeller leur rachète une des trente raffineries de Cleveland en 1865. Celle-ci fournit notamment un kérosène, le pétrole débarrassé de ses impuretés, nécessaire aux lampes et à l’éclairage.

Cinq années plus tard, le 10 juin 1870, est fondée avec deux nouveaux partenaires la Standard Oil Company de l’Ohio, au capital de un million de $. Le siège de la société est aménagé au 341 d’Euclid Avenue. En quelques années d’une politique féroce de rachats, celle-ci va assainir l’industrie pétrolière, du moins selon l’opinion de ses fondateurs. Car, l’anarchie aidant, l’on se dirige tout droit vers une crise de surproduction. En 1872, grâce à un accord occulte conclu avec les compagnies de chemins de fer pour acheminer leur pétrole à un moindre coût, ceux-ci ont mis la main sur les différents sites de raffinage de Cleveland. A cette entreprise de concentration horizontale s’ajoute d’autres achats complémentaires, car touchant à l’activité pétrolière. La Standard Oil possède ainsi son usine de fabrication d e barils, de peinture, ce bleu azur, l’emblème de la firme. Celle-ci dispose bientôt une capacité quotidienne de raffinage de 32.000 barils, avant de mettre la main sur la quasi-totalité de l’activité aux États-Unis. Si Rockefeller présente la Standard Oil comme une sorte de fédération ouverte, un cartel destiné à maintenir les prix du précieux liquide, il n’en demeure pas moins que son président utilise toutes les méthodes possibles pour parvenir à ses fins : intimidation, menace, sabotage, corruption politique…

En 1882, la Standard Oil se transforme en trust. Désormais le pouvoir de décision des firmes est transféré à des administrateurs. Car, cette firme tentaculaire a atteint son stade ultime de développement : 100.000 employés, 22.000 puits exploités, 50.000 barils exportés vers l’Europe, sans compter les milliers de kilomètres de pipeline qui permettent d’alimenter la consommation des grandes villes des États-Unis. Il faut donc lui donner un nouvel instrument de gestion : une autorité centrale placée sous la direction de John Davison Rockefeller. Celui-ci quittera ses fonctions en 1896. En 1890 déjà une première loi anti-trust avait menacé ses intérêts. Mais ce n’est finalement qu’en 1911, le 15 mai, que la Cour suprême décide du démantèlement de la Standard Oil Company en trente-quatre compagnies différentes. Son fondateur venait de prouver que le capitalisme, pour atteindre son ultime degré d’efficience, pouvait ne pas être concurrentiel. Mais l’ascension brutale de sa compagnie avait par trop choqué l’opinion et suscité le rejet.

A la veille de la première guerre mondiale, Rockefeller, un des grands actionnaires de la Standard Oil, a néanmoins profité de sa dissolution. L’homme d’affaires sans scrupule, devenu milliardaire, peut dès lors se consacrer, entre autres, à ses œuvres caritatives. Depuis vingt années, il a ainsi offert plus de trente-cinq millions de $ à l’université de Chicago. En 1901, est ensuite fondée la Fondation Rockefeller pour la recherche médicale, puis le Conseil général pour l’éducation (General Education Board ou G.E.B.) l’année suivante, une institution destinée à « promouvoir l’éducation aux États-Unis sans distinction de races, de sexe ou de croyance ». Enfin, naît également en 1913 la Fondation Rockefeller « pour promouvoir le bien-être de l’humanité partout dans le monde ». 

Installés à New York, les Rockefeller ont longtemps résidé au 4 West, sur la 54ème Rue. Puis au début des années 1890, l’homme d’affaires a fait l’acquisition d’une propriété, Pocantico Hills, au nord de la ville. A présent, il partage son temps entre sa maison de campagne de Lakewood, dans le New Jersey, et Ormond Beach, en Floride. C’est là qu’il décède le 23 mai 1937. John Davison Rockefeller est inhumé peu après au cimetière de Cleveland.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie R