Pétain (Philippe)

(24 avril 1856 - 23 juillet 1951)

Henri Philippe Bénoni Joseph Pétain est né à Cauchy-à-la-Tour (dans le Pas-de-Calais), le 24 avril 1856. Son père, Omer, après avoir brièvement travaillé à Paris avec Daguerre, était revenu en Artois pour y exercer la profession de cultivateur. Il suit des études au collège Saint-Bertin de Saint-Omer, puis chez les Dominicains d'Arcueil où il prépare le concours d'entrée à l'école de Saint-Cyr. Admis en 1876, dans un rang plus que modeste (403e sur 412), il en sort deux ans plus tard pour rejoindre comme sous-lieutenant le 24e bataillon de chasseurs à pied. Commence alors une carrière militaire sans relief particulier. En fait, sa vie se confond jusque vers 1900 avec celle de l'armée métropolitaine. De garnison en garnison, il devient un officier d'infanterie respecté et reconnu pour ses compétences (ce qui lui vaut notamment d'être nommé officier d'ordonnance du général gouverneur militaire de Paris), mais dépourvu de l'expérience du feu qu'aurait pu lui donner une carrière coloniale. De même, il traverse les crises de l'époque (boulangisme, affaire Dreyfus, affaire des fiches, etc.) sans se faire remarquer par un quelconque engagement. 

A partir de 1900, cet officier bien noté par ses supérieurs commence une carrière d'enseignant : il est professeur à l'École Normale de Tir, à l'École Supérieure de Guerre (en qualité de professeur adjoint de tactique), puis à celle de Saumur. Il fait alors preuve d'une certaine liberté d'esprit. En effet, dans le bouillonnement intellectuel de la première décennie du XXe siècle, il est de bon ton de prôner une tactique agressive sur le champ de bataille. Ce courant de pensée, théorisé en 1911 par le lieutenant-colonel de Grandmaison dans ses célèbres conférences, a donné lieu à certains débordements. Pratiquant la surenchère dans l'esprit offensif, de nombreux jeunes officiers se déclarent partisans du choc, de la supériorité des forces morales sur les forces matérielles, de l'élan invincible, du risque érigé en doctrine, etc. Face à eux, le professeur Pétain rappelle l'effet meurtrier du feu. Il développe une pensée dans laquelle la défensive n'est pas négligée. Il oppose  la pondération et la prudence à la fougue des jeunes générations. 

Au début de l'année 1914, il est colonel, chef de corps du 33e régiment d'infanterie. Il est alors âgé de 58 ans et ce commandement doit être son dernier avant son départ à la retraite. Appelé quelques jours avant la mobilisation au commandement de la 4e brigade (110e et 8e RI), il se distingue lors des combats de la 5e armée en Belgique (août 1914). C'est que la réalité de la guerre moderne, en faisant s'effondrer les rêves de charges folles, a donné aux théories du colonel Pétain un nouveau relief. Face à la puissance de feu des armes automatiques ou de l'artillerie, une nouvelle conception du combat, plus prudente et plus rationnelle, doit être adoptée en urgence...

Promu général de brigade le 27 août 1914, Pétain prend la tête de la 6e DI le 1er septembre. Le 14, il est général de division ! Il reçoit le commandement du 33e CA le 22 octobre suivant. Il est toujours à ce poste lors des batailles d'Artois du printemps 1915. A cette occasion, il fait preuve d'une grande efficacité. Calme, pondéré, soucieux du sang de ses hommes, il témoigne d'une grande prudence tactique (que ses détracteurs n'hésitent pas à qualifier de pessimisme). Cela lui permet d'obtenir des succès certains, sans toutefois pouvoir emporter la décision sur un ennemi puissamment retranché.

Le 21 juin 1915, il fait l'objet d'une nouvelle promotion et prend le commandement de la 2e armée. Le 24 février 1916, il reçoit le commandement du secteur de Verdun, à un moment critique de la bataille. L'offensive allemande du 21 février semble devoir tout emporter devant elle et la résistance des Poilus, dont les lignes sont désorganisées, est aussi désespérée qu'héroïque. Pourtant, en quelques jours, le général Pétain parvient à stabiliser la situation.

Organisant les relèves régulières des troupes en lignes, renforçant l'artillerie, mettant sur pied une logistique complexe et efficace, il parvient à éviter l'effondrement du front de Verdun. Après seulement quelques semaines de commandement, il s'est acquis une solide réputation et son titre de « Vainqueur de Verdun » ne le quittera plus. Parmi les soldats surtout, sa popularité est de plus en plus considérable. Le 1er mai, il remplace le général de Langle à la tête du Groupe d'Armées du Centre (il avait été nommé à ce poste le 19 avril), laissant le front de Verdun au général Nivelle. 

Paradoxalement, succès et popularité conduisent Pétain à un certain isolement. Haut-commandement et gouvernement se méfient de lui. En 1916 déjà, comme le rapporte le maréchal Haig dans ses mémoires, « Briand (comparait) Pétain à une machine de démolition, en ce qu’il instille toute sorte d’opinions aux parlementaires venus à Verdun pour chercher des arguments contre le gouvernement ». C'est en partie ce qui explique que ce soit le général Nivelle, et non Pétain, qui succède à Joffre, en novembre 1916. Face à un Pétain jugé trop tiède, l'optimisme offensif de Nivelle, récent vainqueur de la bataille du 24 octobre autour de Verdun, emporte la décision. 

L'échec des offensives du printemps 1917, suivi de la crise du moral dans l'armée, conduit en fin de compte à l'accession de Pétain à la tête de l'armée française. Cette prise de commandement s'effectue en deux temps : le 29 avril il est chef d'état-major général et ne devient général en chef que le 10 mai. Très vite, il prend de nombreuses mesures visant à améliorer le quotidien des soldats : permissions plus régulières, meilleurs approvisionnements, meilleure alimentation des troupes, arrêt des offensives coûteuses, etc. Il met également un terme à la répression qui avait suivi les mutineries du printemps. Soucieux de se rendre compte par lui-même de la situation il se fait popotier, visitant les cantonnements, inspectant les régiments, s'entretenant avec les cadres subalternes comme avec les hommes de troupe. Sur le plan militaire, il pose les fondements d'une nouvelle doctrine. Désormais, les moyens doivent être strictement adaptés aux missions. L'appui de l'artillerie doit être puissant et les nouvelles armes (chars, avions, etc.) doivent être privilégiées. L'objectif premier de ces prescriptions est d'économiser les vies des fantassins. Pendant l'été et l'automne 1917, les « offensives à objectifs limités » du général Pétain permettent à l'armée française de remporter d'importantes victoires : Verdun (20 août), la Malmaison (23 octobre), etc. A l'échelle stratégique également, Pétain prône la prudence (surtout après la catastrophe évitée de justesse en Italie, en novembre 1917). Il résume sa position par la célèbre formule : « J'attends les chars et les Américains ».

L'année 1918 met à rude épreuve les réformes initiées par le général Pétain. Les offensives allemandes du printemps ébranlent la cohésion des Alliés. Face au nouveau généralissime Foch, Pétain fait figure de timoré. Plus que jamais, il adopte une attitude défensive en attendant l'entrée en ligne des troupes américaines au grand complet. Cet état d'esprit lui sera reproché après-guerre et lui vaudra des accusations de défaitisme. Pourtant, pour n'avoir pas respecté ses prescriptions défensives, la 6e armée se fait écraser le 27 mai sur le chemin des Dames. A l'inverse, c'est sur des positions remarquablement bien organisées selon ses directives que les offensives allemandes du 15 juillet viennent échouer. 

Après avoir conduit l'armée française jusqu'à la victoire, Philippe Pétain reçoit le bâton de maréchal de France le 21 novembre 1918. Il est alors au faîte de sa popularité, tant parmi les poilus que dans l'opinion publique. Il est décoré de la grand croix de la Légion d'Honneur et, honneur suprême, de la Médaille Militaire, qu'il portera désormais en toutes circonstances. En 1919, il est admis à l'Académie des Sciences Morales. 

En juillet 1925, il est envoyé au Maroc pour y combattre la rébellion d'Abd-el-Krim. Cette nouvelle mission le place en situation de conflit avec un autre maréchal de France : Lyautey. C'est que les deux hommes s'opposent en tout : personnalité, conception de la politique indigène, choix militaires, etc. Plus que la conduite même de la guerre du Rif, c'est l'antagonisme entre les deux maréchaux qui retient l'attention. Pétain mène pourtant une campagne efficace et revient en France en vainqueur. Le 20 juin 1929, il est admis à l'Académie Française, à l'unanimité. Il y occupe le fauteuil du maréchal Foch, récemment décédé. Son discours de réception, le 22 juin 1931, est prononcé par Paul Valéry qui résume en ces termes la pensée militaire du maréchal : « Vous avez découvert que le feu tue ». Inspecteur de la défense aérienne du territoire en 1931, il est nommé ministre de la Guerre en 1934, dans le cabinet Doumergue. C'est alors l'heure des choix délicats (poursuite des travaux de la ligne Maginot, tentatives de modernisation de l'arme mécanisée) et des restrictions budgétaires. 

A la déclaration de guerre, il est ambassadeur de France en Espagne (il y négocie notamment la neutralité espagnole en cas de conflit européen). Il quitte ce poste le 17 mai 1940 et rentre en France pour répondre à l'appel de Paul Reynaud. Le pays est alors en train de subir la plus cuisante défaite militaire de son histoire et, aux yeux de l'opinion publique comme des milieux politiques, seul le « Vainqueur de Verdun » peut encore sauver la situation. Il est malheureusement trop tard et le maréchal Pétain, d'abord vice-président puis président du Conseil le 16 juin, se prononce bientôt pour la signature d'un armistice1

Une fois la défaite consommée, il reçoit de l'Assemblée Nationale les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940. Devenu chef de l'État Français, il met en place une politique de « Révolution Nationale » visant à redresser le pays, mais il conduit également la France sur la voie de la collaboration avec l'occupant et cautionne des mesures discriminatoires. Devenu le jouet des Allemands en novembre 1942, il est conduit à Sigmaringen avec son « gouvernement » en août 1944. C'est de là qu'après la défaite allemande il part se rendre aux autorités françaises.

Son procès s'ouvre en juillet 1945 et se solde par une condamnation à mort. Toutefois, étant donné le grand âge du maréchal, la sentence est transformée en une peine d'emprisonnement à vie, assortie de l'indignité nationale. Son fauteuil de l'Académie Française lui est retiré (il restera vide jusqu'à sa mort). Il passe les dernières années de son existence en captivité sur l'île d'Yeu, où il décède le 23 juillet 1951. Il est enterré dans le cimetière de Port-Joinville.

 

1 Les cinq années qui suivent l'armistice de juin 1940 n'entrant pas dans le cadre strict des pages consacrées à la Grande Guerre, le lecteur voudra bien nous pardonner de ne les aborder que très allusivement...

 

le mercredi, 16 septembre 2015 posté dans la catégorie P