Péguy (Charles)

Ecrit par Marc Nadaux

(7 janvier 1873 - 5 septembre 1914)



Charles Péguy naît à Orléans le 7 janvier 1873 au sein d’une famille de modeste condition. Son père, menuisier de son état, décède l'année même de sa naissance, aussi l’enfant est élevé par sa mère, elle-même rempailleuse de chaises originaire du Bourbonnais. En ces années où se met en place "l’école de Jules Ferry", gratuite laïque et obligatoire, Péguy, distingué par ses maîtres d’école, bénéficie d’une bourse d’enseignement. Celle-ci lui offre la possibilité d’effectuer de brillantes études au delà de l’école communale. Après avoir quitté le lycée d'Orléans, il entre en 1894 à l'École Normale Supérieure et découvre ainsi les humanités. Charles Péguy et ses camarades ont alors pour professeur des maîtres à penser prestigieux comme le médiéviste Joseph Bédier ou l’écrivain Romain Rolland. Le philosophe Henri Bergson, auteur quelques années plus tard de L’Évolution créatrice, aura une grande influence sur la maturation intellectuelle du jeune homme.

Licencié ès lettres, Charles Péguy démissionne de l’institution en 1897 après avoir échoué à l'agrégation de philosophie. Il abandonne alors toute pratique religieuse et s’engage avec conviction dans la cause dreyfusiste après avoir fait la connaissance de Bernard Lazare. En 1897, Péguy, qui s’essaie à la littérature, collabore à la Revue Blanche. Il achève à la même époque sa première œuvre, Jeanne d’Arc, un vaste drame poétique. Celui-ci est publié au mois de décembre 1897 et l’on perçoit déjà toute la fascination de son auteur pour l'héroïsme et la sainteté du personnage. Cette dernière le hantera sa vie durant.

L’année suivante, Péguy se marie civilement avec Charlotte Baudouin, la sœur de son plus intime ami, récemment décédé. Le couple, qui demeure au 7, rue de l’Estrapade à Paris, aura quatre enfants : Marcel naît en 1898, Germaine en 1901, Pierre en 1903 et enfin Charles-Pierre en 1915. Marcel Baudouin l’ayant orienté vers les idées socialistes, Charles Péguy s’engage dans l’action politique aux côtés de Jean Jaurès, Lucien Herr et Charles Andler. Il collabore activement à la Revue Socialiste. Péguy investit également dans une librairie, ouverte en compagnie de Georges Bellais ; le capital avait été mis à sa disposition par sa belle-famille. Installée rue de la Sorbonne, cette librairie devient rapidement un foyer de résistance au socialisme marxiste prônée par Jules Guesde ainsi qu’à l’influence de Jean Jaurès sur la vie de la gauche parlementaire. L’affaire périclite cependant à la suite de nombreuses difficultés financières. Ceci l’éloigne de manière définitive de ses amitiés de gauche.

Au mois de janvier 1900, Charles Péguy fonde les Cahiers de la Quinzaine, une maison d'édition indépendante qui publie chaque mois sa propre revue littéraire. Installée au 8 rue de la Sorbonne, l’écrivain en assume personnellement la direction. Celle-ci connaîtra 238 livraisons entre 1900 et 1914, qui lui permettent de publier ses œuvres, ainsi que celles de ses amis tels André Suarès, Anatole France, Georges Sorel ou Julien Benda. Péguy rédige également des textes formant dossier sur les aspects brûlants de l'actualité, comme la séparation de l'Église et de l'État, la défense des peuples luttant pour leur indépendance ou la crise de l'enseignement… Lui-même, journaliste et chroniqueur, dialogue avec ses abonnés pour dénoncer la démagogie ambiante et les totalitarismes à venir. De Jean Coste en 1902 s’attaque à Jaurès ; le Courrier de Russie ainsi que Les Suppliants parallèles manifestent son intérêt pour la lutte sociale et les événements de la Russie de Nicolas II...

Avec la naissance du siècle, les convictions de Charles Péguy évoluent. S’il poursuit son combat pour les idées humanitaires, l'incident de Tanger en 1905 lui révèle la menace allemande et l'ampleur du "mal universel". Péguy s’élève alors contre le pacifisme et l'internationalisme de la gauche. Au mois d’octobre 1905, il publie Notre Patrie, un écrit polémiste et patriotique. Dans les années qui suivent, l’écrivain dénonce également le scientisme du "parti intellectuel", autrement dit ses anciens professeurs de l'enseignement supérieur. Situations notamment est publié à partir de 1907.

L’année suivante est marquée par son retour à la foi. Il en fait la confidence à son ami Joseph Lotte. De 1912 à 1914, Charles Péguy effectue plusieurs pèlerinages à Notre-Dame de Chartres. L’écrivain fustige à présent le socialisme officiel, auquel il reproche sa démagogie et son sectarisme anticlérical, après la séparation de l’Église et de l’État. L’écrivain se fait mystique dans des essais philosophiques comme Clio, Dialogue de l’Histoire et de l’Âme païenne, publié entre 1909 et 1912, ou Victor-Marie, comte Hugo, en 1910. Son style personnel et intemporel trouve à s’exprimer dans de vastes poèmes oratoires aux rythmes lancinants : Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, en 1910 ; Le Porche du Mystère de la deuxième Vertu, l’année suivante ; Le Mystère des Saints Innocents et La Tapisserie de sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, en 1912 ; La Tapisserie de Notre-Dame, en 1913. Ces dernières œuvres sont dominés par le thème de la lutte en l'Homme de la grâce divine et des forces mortelles. Charles Péguy s’attache aussi à exprimer ce qui lie le spirituel au temporel. Enfin, avec Ève en 1913, un vaste poème symphonique de quelque 3.000 quatrains, l’écrivain patriotique célèbre de nouveau les morts "pour la terre charnelle", celle des ancêtres.

Le 2 août 1914, la mobilisation générale contraint celui qui appelle la naissance de la "génération de la revanche" d'interrompre sa Note conjointe sur M. Descartes et la philosophie cartésienne, un plaidoyer pour la défense de Bergson. Reparti sous les drapeaux à l’âge de 41 ans, l’officier de réserve Charles Péguy rejoint les rangs du 276e R.I. Il est tué, le 5 septembre 1914, lors des premiers combats de la bataille de la Marne. A Villeroy, à proximité de Neufmontiers-les-Meaux, il est à la tête de sa section d'infanterie lorsqu'une balle allemande l’atteint au front.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie P