Lloyd George (David)

Ecrit par Éric Labayle

(17 janvier 1863 - 26 mars 1945)




David Lloyd George est né à Manchester le 17 janvier 1863. Il perdit son père, un instituteur, alors qu'il n'avait que trois ans, puis partit vivre avec sa famille dans un village du Pays de Galles. Là, il se montra vite excellent élève. Il était avide de connaissances et complétait son instruction avec un oncle cordonnier qui lui procurait des livres. D'extraction modeste, Lloyd George ne put faire des études supérieures de droit que grâce au sacrifice financier de toute sa famille. Il réalisa pourtant un beau parcours universitaire, dont il sortit avec le diplôme d'avoué.

Le jeune homme de loi se fit rapidement remarquer pour ses compétences professionnelles et, surtout, pour son éloquence. Cette dernière le prédisposait à entrer en politique. C'est ce qu'il fit à l'occasion de son installation à Londres. A l'âge de 27 ans, il faisait son entrée au Parlement. Dans le parti Libéral, auquel il appartenait, Lloyd George fit rapidement figure d'agitateur. Contrairement à la plupart de ses confrères, il se montrait anti-impérialiste et de tendance plutôt radicale. A l'occasion de la guerre des Boers (1899-1902) notamment, il fut au centre d'une virulente polémique, lorsqu'il se prononça en faveur des rebelles Boers.

En 1908, il fut nommé Chancelier de l'Échiquier (ministre des finances) dans le cabinet Campbell-Bannerman. Il conserva ce poste jusqu'en 1915. A nouveau, il provoqua le scandale à l'occasion de ses réformes sociales et de sa tentative pour mettre en place un "budget du Peuple". Une telle audace indigna la très conservatrice Chambre des Lords. Le conflit qui s'ensuivit fut violent et Lloyd George n'obtint finalement gain de cause en 1911 qu'après avoir fait promulguer le "Parliament Act", qui retirait tout droit de regard aux Lords sur le budget et qui leur supprimait leur droit de veto sur les lois de finances. En août 1914, il mit en oeuvre avec les grands banquiers britanniques et les principaux acteurs de la bourse une politique budgétaire concertée, qui permit d'éviter la catastrophe boursière et financière qui aurait pu suivre la déclaration de guerre.

Devenu directeur du Comité des Munitions en avril 1915 puis ministre de l'Armement le 25 juin suivant, il fut l'un des principaux artisans de la mobilisation industrielle du Royaume-Uni. A ce poste il put notamment mettre à profit sa connaissance du Pays de Galles lors des négociations qu'il mena avec les mineurs gallois. Le 6 juillet 1916, en pleine bataille de la Somme, il fut nommé secrétaire d'État à la Guerre. C'est à partir de cette époque qu'il commença à nouer des relations étroites avec le commandant en chef des troupes britanniques en France : le maréchal Douglas Haig. Jusqu'à la fin de la guerre, les deux hommes devaient entretenir une liaison complexe, faite d'admiration réciproque, mais aussi d'incompatibilité d'humeur (voire même de personnalités), de méfiance (l'éloquence de Lloyd George était suspecte aux yeux de Haig l'écossais) et de tromperies mutuelles. Les crises furent nombreuses ; les jeux d'influences aussi. Toujours le politique et le militaire s'affrontèrent pour faire valoir des points de vue forcément divergents voire contraires (l'un jouant la guerre dans les arcanes de la diplomatie et l'autre sur les cartes d'état-major), dans un mélange subtil de respect et d'inimitié. La question des renforts par exemple, réclamés à cor et à cris par Haig et distribués parcimonieusement par le Gouvernement, fut souvent au cœur des polémiques entre les deux chefs.

En décembre 1916, Lloyd George s'alliait avec les Conservateurs pour renverser le premier ministre Asquith, dont il reprenait la fonction le 7. Le nouveau "Prime Minister" était très populaire chez ses alliés Français. Aristide Briand et Albert Thomas entretenaient avec lui d'étroites relations et de nombreuses convergences de vue. En dépit d'un certain nombre d'actions plus politiques que véritablement justifiées par le conflit en cours, il sut mener son pays d'une poigne ferme et préparer la victoire à sa tête. A ce titre et comme son homologue Clemenceau, il joua un rôle de premier plan dans les derniers mois de la Grande Guerre, puis lors du traité de Versailles (dont il porte en grande partie la responsabilité).

En marge de la guerre, les années Lloyd George furent marqués par la question irlandaise. Depuis le soulèvement de 1916, la situation dans l'île ne cessait de se détériorer et la présence anglaise d'y être plus intenable. En 1921, c'est Lloyd George qui reconnut officiellement l'État d'Irlande (Eire) et donc la partition du pays entre un sud indépendant et un nord sous tutelle britannique. Cette mesure, pour historique qu'elle soit, lui valut le retrait du soutien des Conservateurs. C'est donc un Lloyd George affaibli qui dut affronter une nouvelle crise en 1922. A l'automne de cette année là, les menées turques contre les Grecs dans les Dardanelles provoquèrent une réaction d'une grande fermeté de la part du premier ministre britannique. Celui-ci avait peur en effet que la progression des troupes de Mustapha Kemal en direction de l'Europe ne vînt menacer les contingents alliés de Constantinople. Le ton monta et l'on passa bien près d'un conflit anglo-turc. La médiation française permit d'apaiser les esprits et cette "crise du Tchanak" se termina par la signature d'un armistice, le 11 octobre 1922. Mais à Londres, Lloyd George qui avait perdu la plupart de ses appuis ne pouvait plus se maintenir au pouvoir. Il fut donc contraint à la démission. 

La fin de sa carrière fut partagée entre la vie publique et les manifestations honorifiques ou commémoratives. Dans ce cadre, il effectua de nombreux voyages à l'étranger. Dans les années trente, il fut reçu par Hitler en Allemagne. Bien qu'il ait ultérieurement écrit avoir été l'un des premiers adversaires du nazisme sur la scène internationale, il revint de ce voyage ébloui par la personnalité de son hôte et admiratif devant les changements sociaux et économiques dont il avait été le témoin... Mais à cette époque, il partageait malheureusement ce manque de lucidité avec un certain nombre d'autres dirigeants européens...

David Lloyd George, premier comte Lloyd George of Dwyfor, est mort à Criccieth, dans le Carnavonshire, le 26 mars 1945, sans avoir pu vivre la fin victorieuse de la seconde guerre mondiale. 

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie L