Les "Martyrs de Vingré"

Ecrit par Éric Labayle

(4 décembre 1914)

 

 

Une fois n'est pas coutume, cette notice biographique n'est pas individuelle. Elle concerne six soldats que l'absurdité de la guerre a réunis dans un même destin tragique. 

Ces six hommes appartenaient tous au 298e R.I. Après un jugement expéditif, ils ont été fusillés le 4 décembre 1914, à Vingré, dans l'Aisne, à l'ouest de Soissons. Il n'est pas dans notre propos de résumer ici, même succinctement, les péripéties de l'affaire, qui dépassait d'ailleurs très largement ses six infortunés protagonistes. Nous avons préféré, à l'image des tombes de deux d'entre eux, présenter sobrement et dans l'ordre alphabétique chacun de ces hommes qui, après leur réhabilitation obtenue le 29 janvier 1921, sont devenus des "martyrs". 

Quelles conclusions tirer de ces six notices succinctes ? Que ces soldats sont relativement âgés, tout d'abord. Le plus jeune, Claude Pettelet, a 27 ans au moment des faits et le plus vieux, Francisque Durantet, a 36 ans. Cela n'a rien de surprenant, puisque tous les six sont des réservistes, rappelés sous les drapeaux par la mobilisation du 2 août 1914 et affectés au 298e R.I. de Roanne (lieutenant-colonel Duport). Ce régiment de réserve à deux bataillons fait alors partie de la 125e Brigade de la 63e D.I. Les six "martyrs de Vingré" ont donc connu, au moins lors des dernières semaines de leur présence au front, une existence similaire. Depuis la bataille de la Marne, le 298e R.I. combat dans le Soissonnais et s'enterre sur les plateaux situés au nord de Vic-sur-Aisne. 

D'un point de vue socio-professionnel, ces six hommes présentent un résumé saisissant, bien qu'un peu exagéré (car leur échantillon n'est pas statistiquement représentatif) de la sur-représentation du monde rural dans l'armée française de 1914 : cinq sur six sont cultivateurs et le sixième (le caporal Floch) est greffier ! Ils sont donc tous issus d'un milieu modeste (seul le père de Floch est artisan, les autres étant cultivateurs) dont, à l'exception de Floch, ils ne s'étaient pas extraits avant la guerre. 

Géographiquement, ensuite, on constate une très faible mobilité. Ils vivent tous dans leur village de naissance ou dans ses alentours. Une fois encore, cela n'a rien de surprenant : ces agriculteurs sont attachés à la terre qu'ils travaillent et que, généralement, leurs pères travaillaient avant eux. Le service militaire a permis à ces hommes de quitter pour la première fois leur région natale. Avant d'aller mourir dans l'Aisne, ils n'étaient jamais allés plus loin que la ville de garnison dans laquelle ils avaient passé deux ans. 

Autre détail, plus tragique : ils sont tous mariés et laisseront donc six veuves ainsi que, pour Durantet et Pettelet, des orphelins. Pour ces femmes et ces enfants qui leur survivront, l'avenir sera ingrat. Dès que la nouvelle de l'exécution des six soldats est connue dans leurs villages respectifs, les vexations commencent. Et même après la réhabilitation, les médisances resteront nombreuses. 

Jean Blanchard

Fils de Mathieu Blanchard, cultivateur à Ambierle (Loire), et de Michèle-Marie Marquet, Jean Blanchard est né le 30 septembre 1879 au lieu-dit "La Sentinelle", à Ambierle. 

Il effectue son service militaire au 60e R.I. de Besançon. Avant d'être rappelé sous les drapeaux à la déclaration de guerre, il exerce comme son père la profession de cultivateur à Ambierle. Il s'est marié à Ambierle le 26 décembre 1912 avec Michelle Desiage. 

Il est enterré dans le vieux cimetière d'Ambierle.

Pour en savoir plus sur Jean Blanchard : 

Photo de sa tombe
Sa dernière lettre

Francisque Durantet

Fils de François Durantet, cultivateur à Ambierle (Loire), et de Jeanne-Marie Roche, Francisque Durantet est né le 5 octobre 1878, au lieu-dit "Le Chalet", à Ambierle. Conscrit avec le matricule 3999 au recrutement de Roanne, il effectue son service militaire au 153e R.I. de Toul. Entre son retour à la vie civile et la déclaration de guerre, il exerce la même profession que son père : cultivateur à Ambierle. 

Il s'est marié à Ambierle le 3 novembre 1906, avec Claudine Drigeard, avec laquelle il a deux fils, Henri François et Jean-Claude. 

Il est enterré dans le vieux cimetière d'Ambierle.

Pour en savoir plus sur Francisque Durantet : 

Photo de sa tombe 

Paul-Henri Floch

Fils de Paul Floch, tailleur à Breteuil-sur-Iton (Eure), et de Catherine Eugénie Petit, Paul-Henri Floch est né le 31 juillet 1881 rue de la Croix d'Or, à Breuteil. Il est le plus instruit des six "Martyrs de Vingré", puisque avant la guerre, il exerce la profession de greffier à Breteuil. Cette instruction lui vaut d'être caporal. Il est donc également le plus gradé des six fusillés. 

Il s'est marié à Fécamp (Seine-Maritime) le 25 mai 1910, avec Rose Lucie Adrienne

Mouchard. 

Il est enterré au cimetière de Breteuil. 

Pour en savoir plus sur Paul-Henri Floch : 

Sa dernière lettre 

Pierre Gay

Fils de François Gay, cultivateur à Tréteau (Allier), et d'Anne Luminet, Pierre Gay est né le 30 novembre 1884 au lieu-dit "Aux Burgeots", à Tréteau. Conscrit avec le numéro matricule 953 (recrutement de Roanne), il effectue son service militaire au 4e Chasseurs à Cheval d'Épinal. Entre la fin de son service militaire et la mobilisation de 1914, il exerce la profession de cultivateur dans son village de Tréteau. Il se marie à Tréteau le 28 septembre 1912, avec Marie Minard. 

L'un de ses deux frères, Jean (né en 1889), est porté disparu en avril 1917. 

Il est enterré au cimetière de Tréteau. 

Claude Pettelet

Fils de Jean Pettelet, cultivateur à La Guillermie (Allier), et de Claudine Fournier, Claude

Pettelet est né le 13 février 1887 au lieu-dit "Cabotin", à La Guillermie. Conscrit avec le numéro matricule 111 (recrutement de Roanne), il exerce entre la fin de son service militaire et la mobilisation de 1914 la profession de cultivateur à La Guillermie. 

Il se marie le 5 mai 1906 avec Marie Petelet, qui lui donne un fils, Jérôme. 

Il est enterré au cimetière de La Guillermie. 

Jean Quinaud (ou Quinault)

Fils de Charles Quinaud, cultivateur à Saint-Victor (Allier), et de Françoise Aufaure, Jean Quinaud est né le 14 mars 1886 au lieu-dit "Thizon", à Saint-Victor. Conscrit avec le numéro matricule 1531 (recrutement de Montluçon), il exerce entre la fin de son service militaire et la mobilisation de 1914 la profession de cultivateur à Tréteau (Allier). Il se marie à Huriel (Allier) le 13 juin 1914, avec Marie Nathalie Greuzat.

Il est enterré au cimetière de Vallon-en-Sully (Allier).

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie L