Fabre (Jean-Henri)

Ecrit par Marc Nadaux

(22 décembre 1823 - 11 octobre 1915)

 

Jean-Henri Casimir Fabre naît à Saint Léons, dans l’Aveyron, le 22 décembre 1823. C’est dans un village voisin, où résident ses grands-parents, qu’il passe sa prime jeunesse, avant de revenir dans son village natal à l'âge de sept ans. L’enfant est inscrit à l’école communale, qu’il quitte en 1833. Les Fabre s’installent alors à Rodez, où son père a fait l’acquisition d’un café. La scolarité de Jean-Henri se poursuit au collège royal de la ville, grâce à l’obtention d’une bourse. Quatre années plus tard, après un court séjour à Aurillac, la famille Fabre est à Toulouse, où l'adolescent est admis au séminaire de l'Esquille. Il ne reste que peu de temps dans cet établissement, le quittant pendant son années de 5e. De nouveau, ses parents déménagent à Montpellier et enfin à Avignon en 1840. Jean-Henri Fabre est alors contraint d’exercer divers métiers pour subvenir aux besoins des siens. A cette époque, on le trouve ainsi à la foire de Beaucaire où il vend des citrons.

A Avignon, Fabre est admis au concours d’entrée à l'École Normale. Après trois années de formation, nanti de son brevet d'études supérieures, il est nommé instituteur dans les classes primaires du collège de Carpentras, à l’âge de dix-neuf ans. Il rencontre alors Marie-Césarine Villard, une institutrice. Le couple aura sept enfants. En autodidacte, Jean-Henri Fabre obtient bientôt le baccalauréat puis les licences ès sciences physiques et ès mathématiques. En 1849, le jeune homme est d’ailleurs nommé professeur de physiques au collège impérial d’Ajaccio. Dans l'Île de Beauté, les paysages le séduisent et il décide d'en étudier la flore et la faune avec l’aide du botaniste avignonnais Requien. C'est également en compagnie du naturaliste Auguste Moquin-Tendon que Fabre herborise.

De retour sur le continent, Jean-Henri Fabre est affecté au collège impérial d'Avignon, y occupant la chaire de professeur de physiques et de chimie au mois de janvier 1853. Ayant obtenu une licence de sciences naturelles, il monte à Paris en 1855 afin de soutenir une thèse de doctorat. A trente-deux ans, Fabre accède ainsi au plus haut grade universitaire. Dans le Comtat Venaissin, il se consacre également à l'étude de la garance (Rubia tinctoria) pour en améliorer les rendements en garancine, ou alizarine, un colorant naturel fort prisé à cette époque. Les draperies d'Elbeuf notamment utilisent la poudre de garance pour obtenir le rouge des pantalons de l'armée française, employé jusqu'à l'automne 1914. En 1860, le naturaliste dépose trois brevets de fabrication.

En 1868, Victor Duruy décore Jean-Henri Fabre de la Légion d’Honneur. A Avignon, le Ministre de l’Instruction Publique lui confie également la création de cours du soir pour adultes. Ceux-ci s’installent à l’abbaye de Saint-Martial. Cependant, sa façon très libre d'enseigner déplaît à certains. Fabre se permet ainsi d’expliquer la fécondation des fleurs devant un auditoire de demoiselles... Face aux critiques des parents, orchestrées par le clergé local, il démissionne en 1870. Des difficultés financières l’obligent à faire appel à l’aide du philosophe John Stuart Mill avec lequel il s’est lié. Ce dernier lui avance 3.000 francs-or, de quoi régler ses dettes. Jean-Henri Fabre s'installe ensuite à Orange, une ville où il séjournera avec toute sa famille pendant presque une dizaine d'années.

Avec son ami anglais, l’homme de sciences forme le projet d'établir une "flore du Vaucluse". Le décès prématuré de Sutart Mill interrompt cependant leur travaux communs. Le naturaliste n’en interrompt pas pour autant ses excursions botaniques au mont Ventoux, pour lesquelles se pressent ses amis. Jean-Henri Fabre multiplie également les publications de vulgarisation scientifique. A cette époque cependant, le savant est fort affecté par le décès de son fils Jules, âgé de 16 ans, le seul de ses enfants à partager sa passion pour l'observation de la nature et des plantes. Parmi celles-ci les champignons ont toujours intéressé Fabre. En 1878, celui-ci rédige un essai sur les sphériacées du Vaucluse. Le mycologue s’intéresse également aux insectes. La même année, paraissent la première série des Souvenirs Entomologiques. Achevée en 1901, cette œuvre, qui comptera neuf autres volumes, lui confère une notoriété internationale. Elle est en effet rapidement traduite en anglais, puis en italien, en espagnol et même en japonais. Dans un style poétique et imagé, l’entomologiste décrit ainsi les mœurs des insectes qu’il a observés pendant des décennies dans les collines aux environs d’Avignon.

En 1879, Jean-Henri Fabre fait l'acquisition, grâce à ses droits d’auteur, d’une villa à Sérignan-du-Comtat, qu’il baptise l'Harmas. Avec le décès de son épouse en 1885, l’homme de sciences souffre à présent de la solitude. Il se remarie deux années plus tard avec Marie-Joséphien Daudel, une jeune femme qui lui donnera trois autres enfants. En 1887, il est nommé membre correspondant de l’Institut de France. A cette époque, le savant se met à écrire en provençal parallèlement à ses travaux de recherches scientifiques. Il rédige des vers, ainsi que des berceuses et autres rondes enfantines accompagnées de leurs partitions. Ses poèmes sont publiés en 1909 sous le titre d’Oubreto provençalo. Au printemps de l’année précédente, Frédéric Mistral, fondateur du Félibrige et apôtre du parler occitan, lui rend d’ailleurs visite à Sérignan. Le vieillard, que l’on surnomme le "Virgile des insectes", est maintenant devenu un personnage à la mode, qui reçoit les reporters de la presse et les prix scientifiques.

Jean-Henri Fabre décède à Sérignan-du-Comtat le 11 octobre 1915, à l’âge de quatre-vingt douze ans.

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie F