Guillaume II

Ecrit par Marc Nadaux

Guillaume de Hohenzollern naît le 27 janvier 1859 à Postdam. Il est le fils de Frédéric-Guillaume, le Kronprinz, et de Victoria, fille elle-même de la reine Victoria d’Angleterre et du prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Très tôt, est décelée chez l’enfant une infirmité au bras gauche qui, malgré divers traitements et opérations, ne se résorbera pas. Jusqu’à sa majorité, il est soumis à un solide programme d’études, d’inspiration libérale, défini par sa mère et par son précepteur, le taciturne docteur Hinzpeter. Ce programme est fait de l’enseignement des humanités, des sciences et d’exercices physiques, comme la pratique assidue de la chasse auprès de son père, et donc celle du cheval. Victoria entre fréquemment en conflit avec l’Empereur Guillaume Ier, grand-père du prince Guillaume, qui souhaite voir davantage ce dernier fréquenter la cour. Sa mère cependant n’apprécie guère le militarisme prussien qui y domine et redoute que celui-ci ne renforce l’arrogance dont fait déjà preuve, enfant, le futur souverain.

Afin de l’éloigner de Berlin, ce dernier est inscrit au mois de septembre 1874 au Lycée de Cassel, un gymnase classique. Guillaume souffre dès lors d’un emploi du temps surchargé et encombré de l’apprentissage du latin et du grec, qui ne lui laisse que peu de temps pour la promenade dans les jardins du château de Wilhelmshohe. Après avoir obtenu son baccalauréat, au mois de janvier 1877 avec la mention « bien », il entre à l’université de Bonn. Membre d’une corporation étudiante, la Borussia, comme le veut la tradition, il participe avec ses camarades aux beuveries et autres réunions de rigueur. Ayant acquis sa majorité, Guillaume se trouve enfin libéré de l’emprise de son précepteur. Il s'installe à Postdam et son existence, au cours des années qui suivent, est quasi militaire. Nommé aux différents ordres européens, celui qui fait déjà figure d’héritier du trône accède au grade de commandant du Ier bataillon du prestigieux Ier régiment de la Garde à pied, puis à celui de colonel commandant les hussards deux années plus tard.

Le 27 février 1881, le prince Guillaume se marie à Auguste Victoria « Dona », fille du duc Friedrich de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Augustenburg, apparenté lui-même à la famille royale du Danemark. Le couple s’installe peu après au palais de Marbre, le Marmorpalast, de Postdam. Au désir d’indépendance, s’ajoute bientôt le rejet, voire la détestation de ses parents. Très influençable, il subit l’ascendant de son aide de camp, Adolf von Bülow (frère du futur chancelier), puis du fils aîné d’Otto von Bismarck et du général von Waldersee. Cet entourage aux idéaux conservateurs, tout comme le milieu fermé des officiers prussiens qu'il fréquente, éloignent encore davantage le prince de son éducation libérale. Un voyage en Russie en 1884 lui donne enfin l’occasion de prendre contact avec l’autocratie russe qu’il admire, tandis que s’affirme son anglophobie. En 1887, Guillaume appuie le pasteur Stoecker, créateur d’un parti chrétien-social des travailleurs et promoteur d’une Mission intérieure à destination des masses laborieuses, aux accents également antisémites. Aussi, à l’instigation de Bismarck, celui qui est désormais le Kronprinz est nommé général. Ceci le contraint à s’installer à Berlin, où le chancelier prussien entend parfaire l’éducation politique de l’héritier du trône. Une nécessité.

Le 15 juin 1888, Guillaume II devient empereur allemand et roi de Prusse. Sa cohabitation avec celui qui fut le principal artisan de l’unité allemande ne durera que vingt-deux mois. Bismarck a assuré la prééminence de l’exécutif sur le Reichtag, concentrant en ses mains la réalité du pouvoir. Seul responsable de la politique menée dans le Reich devant le souverain, il se heurte bientôt au jeune empereur, avide lui aussi de tenir les destinées de la nation allemande entre ses mains. En 1889, les deux hommes se heurtent au sujet des grèves qui touchent les mines de la Ruhr. Au cours des deux décennies passées, le chancelier avait en effet développé une législation sociale d’avant garde, rendant aux ouvriers le recours à l’État indispensable et annihilant ainsi les forces de la social-démocratie. Guillaume II, lui, souhaite davantage intervenir dans le débat social, faisant par là même jouer au pouvoir un rôle d’arbitre entre patronat et syndicat, et donnant ainsi une assise plus populaire au pouvoir de l’empereur. Bismarck démissionne bientôt de ses fonctions de ministre du Commerce. Mais le conflit avec Guillaume II s’envenime quant le chancelier rappelle à ses ministres un vieil ordre de 1852 leur interdisant tout rapport direct de travail avec le souverain, liant les fonctions de président du Conseil prussien et celles de chancelier du Reich. Persuadé qu’elle sera refusée, il envoie sa démission à l’empereur, qui l’accepte le 20 mars 1890. C’est le commencement d’un règne personnel pour Guillaume II, qui est encore jeune et inexpérimenté.

 

Celui-ci réaffirme le caractère divin de la royauté, limitant par là même l’opposition que peut manifester le Parlement à ses décisions. Aux Hohenzollern d’ailleurs est promis un destin national. Pour le nouveau souverain, il importe en effet de promouvoir l’unité nationale. N’en est-il pas le plus solide garant, lui, l’empereur à la germanité affirmée ? Conscient de l’importance de l’opinion publique dans les sociétés modernes, Guillaume II met ses dons oratoires au service de son pouvoir, multipliant les discours publics et les cérémonies officielles. Le souverain est en constante représentation. Au fil des années cependant, son rythme de travail se fait moins intense, d’autant plus que ses constants déplacements à l’intérieur du Reich ou à l’étranger (ses croisières en Méditerranée notamment) l’éloignent de la réalité du pouvoir. Alors que la cour est au centre de la vie politique et de la haute société du Reich, Guillaume II aime à gouverner avec ses cabinets civils et militaires. Échappant au contrôle du Reichstag, ceux-ci rendent compte des rapports de l’administration, transmettant ensuite les ordres du souverain. A l’intérieur de ces cercles d’intimes, sont également désignés les gouvernants. Cet entourage militaire, prussien, aristocratique et conservateur va contribuer à isoler Guillaume II de la société allemande et de son évolution. D’autant plus que l’empereur révèle sa fragilité nerveuse. Inconstant, impatient, colérique, il inquiète jusqu’à son ami et confident, Phillip Eulenburg.

Après le départ de Bismarck, Guillaume II appelle le général von Caprivi à la chancellerie. Celui-ci doit à présent composer avec le Reichstag, où deux partis politiques dominent : le Zentrum catholique et le S.P.D. social démocrate. S’ouvre en effet en Allemagne l’ère de la vie politique des masses, qui rend caduque l’influence des partis conservateurs aux mains des grands notables. Au mois de juin 1891, l’adoption d’une loi de protection des ouvriers concrétise les initiatives passées du souverain. Celui-ci cependant se heurte aux parlementaires lors du débat sur la nouvelle loi militaire, finalement votée au mois de juillet 1893. Quant à la signature d’un traité de commerce avec la Russie l’année suivante, qui mécontente les milieux agrariens, celle-ci achève de fragiliser la position de Caprivi qui démissionne.

Le prince Hohenlohe, oncle de l’impératrice, le remplace, qui gouvernera pendant les six années qui suivent. Dès 1895, le nouveau chancelier se heurte à l’empereur, ce dernier appuyant son ministre Koller, qui refuse la modernisation du code pénal militaire. S’oppose ainsi au cours de cette affaire la prérogative du souverain et la force de la collégialité du ministère, qui se range à l’avis de Hohenlohe. Par la suite, celui-ci s’emploie à tempérer l’hostilité de Guillaume II pour la social-démocratie. Le 6 décembre 1899, il fait même voter une loi autorisant les associations politiques à se fédérer à l’intérieur de l’empire. Ce texte législatif libéral donnera naissance aux grands partis et syndicats allemands. Avec la venue de von Bülow aux Affaires étrangères et le peu de cas que fait de plus en plus l’empereur des avis de son chancelier en matière de politique intérieure, le prince Hohenlohe démissionne le 15 septembre 1900.

Jouissant de la confiance du souverain, Von Bülow est alors nommé chancelier. Guillaume II inaugure une nouvelle ère de gouvernement personnel, participant peu aux réunions du ministère, informant personnellement ses collègues des décisions prises avec ses conseillers personnels. Désireux de préserver le statu quo intérieur, Bülow mène une politique faite de concessions, au Zentrum catholique notamment, afin de préserver l’apathie du Reichstag et l’unité de l’empire. Ainsi sont votées des lois réformant l’impôt, favorisant le logement social, établissant de nouveaux tarifs douaniers. A partir de 1907 cependant, les relations entre le chancelier et Guillaume II se détériorent. Une campagne de presse menée au cours de l’année 1907 contre Eulenburg, son ami personnel, affaiblit le souverain qui, fort maladroitement, expose ses vues personnelles en matière de politique étrangère aux reporters du Daily Telegraph anglais. Le journal publie l’ensemble le 28 octobre 1908. Accusé de ne pas avoir épaulé l’empereur (qui, de plus, subit une crise nerveuse à la même époque) à cette occasion, von Bülow est acculé à la démission au cours de l’été 1909.

Sous le règne de Guillaume II, le dynamisme démographique de l’Allemagne frappe les contemporains. Le Reich s’urbanise et s’industrialise, devenant la première puissance sur le continent et rivale commerciale de l’Angleterre victorienne. L’impérialisme devient un thème à la mode, relayé par l’action de l'empereur qui, tirant les enseignements de cette place nouvelle qu’occupe à présent son pays dans le monde, développe au tournant du siècle une Weltpolitik, une politique mondiale. Celle-ci s’inscrit dans le cadre plus large de l’apparition de nouvelles nations sur la scène internationale (le Japon et les Etats-Unis), mais elle rompt brutalement en Allemagne avec le système diplomatique, traditionnel et européen, hérité de Bismarck et poursuivit par ses successeurs à la chancellerie de l’empire. La politique extérieure en effet est le domaine réservé du souverain, qui nomme aux postes clés et reçoit directement les diplomates étrangers, les rapports de ses ambassadeurs. Celle-ci est faite de relations personnelles avec les souverains étrangers, ses pairs, d’initiatives et d’actions d’éclat au delà des frontières. A de multiples reprises, Guillaume II étale sa frustration de voir l’empire allemand dépourvu de colonies ou de moyens d’intervention extérieure.

Au mois de janvier 1896, l’empereur d’Allemagne envoie ainsi un télégramme de félicitations au président Kruger, l’échec anglais au Transvaal bousculant selon lui les équilibres sur le continent africain. Ceci inaugure une politique allemande de « liberté d’action ». Dans la décennie suivante cependant, le Reich apparaît de plus en plus isolé sur le continent au bénéfice du voisin français. La France de la troisième République, après une alliance conclue avec la Russie des Tzars, signe le traité de l’Entente cordiale avec l’Angleterre, au mois d’avril 1904. Aussi, l’année suivante, au mois de mars, Guillaume II fait escale à Tanger au Maroc, afin de provoquer la France, de tester la solidité du récent accord conclu, y affirmant la liberté de son hôte, le sultan. L’émotion est vive à Paris et à Londres, mais le bilan est maigre pour le Reich allemand. Au mois de mars 1906 en effet, la conférence d’Algésiras proclame le principe de l’indépendance du Maroc, mais consacre dans les faits les prérogatives de la France dans la région. A cette occasion déjà, le président américain Roosevelt condamne la vanité de l’empereur allemand, qu’il rend responsable de cette tension internationale, à ses yeux inutile.

Guillaume II conclut l’année suivante un traité d’alliance avec la Russie, le 24 juillet 1905, à Bjorko. Quelques temps plus tard cependant, Nicolas II affirme que cet accord n’est pas recevable dans le cas d’un différent franco-allemand. C’est un nouvel échec diplomatique. Mais ces derniers événements contribuent à renforcer l’opinion allemande dans son nationalisme militant, qui se teinte d’un désir accru d’expansion extérieure. Tirant les enseignements de ses déboires diplomatiques, l’empereur entend à présent développer une politique navale, attribuant le déficit de prestige du Reich allemand à la faiblesse de sa flotte de guerre. Ainsi, le 12 juin 1900, une loi navale est votée au Reichstag, qui prévoit à terme la constitution d’une flotte de quatre escadres. C’est au contre-amiral von Tirpiz, secrétaire d’État à la Marine depuis le mois de juin 1897, qu’il revient de mettre en place ce programme de construction. Celui-ci, avec l'appui d'une Ligue navale à l’intérieur du Reich, est à l’origine d’une course à l’armement avec l’Angleterre d’Édouard VII. En Angleterre, ces nouvelles ambitions allemandes inquiètent l’opinion, déjà rendue hostile par l’agressivité commerciale du Reich.

A cette époque, Guillaume II peut pourtant se targuer des succès rencontrés en Orient, au sein de l’empire Ottoman. Ayant obtenu la concession d’un port sur le Bosphore, l’Allemagne, par l’intermédiaire de la Deutsche Bank, obtient également l’exclusivité de l’exploitation de la ligne de chemin de fer Constantinople-Bagdad. Le Reich aide à la réorganisation de l’armée turque. Cet engagement allemand amène une plus grande implication de sa diplomatie dans les Balkans, aux cotés de l’empire Austro-Hongrois. A présent, ces ambitions ne sont pas sans susciter les réticences de la Russie panslaviste. A l’intérieur du Reich, le nouveau chancelier, Bethmann-Hollweg, doit faire face à un blocage de la vie politique qui nuie à sa volonté de réforme. En effet, la modernisation de l’outil militaire, qui obtient l’assentiment des partis conservateurs mais la désapprobation du SPD, passe par le vote de crédits spécifiques, donc par le vote de nouveaux impôts que refusent les premiers et auxquels adhèrent les seconds.

Dans ce contexte difficile pour l’empereur éclate une nouvelle crise marocaine. Devant l’intervention française à Fez, au Maroc, le gouvernement allemand envoie en mission la canonnière Panther, qui entre à Agadir le 1er juillet 1911. Il s’agit de montrer à la France qu’elle ne peut agir qu’avec l’assentiment de son grand voisin, espérant ainsi des compensations. Celle-ci cependant bénéficie du soutien immédiat de l’Angleterre. Et l’Entente cordiale montre à cette occasion son bon fonctionnement. Les négociations franco-allemandes permettent à l’automne d’aboutir à un accord. En échange d’un protectorat français sur le Maroc, l’Allemagne obtient la liberté du commerce dans ce territoire, ainsi qu’une partie du Congo. Dans l’Allemagne wilhelmienne à présent, les ligues nationalistes exercent une pression constante sur le gouvernement, tandis que l’anglophobie gagne en profondeur la société. L’année suivante, malgré de longues tractations, les deux gouvernements ne parviennent pas à un compromis qui aboutirait à consacrer la suprématie anglaise sur les mers, prévoyant un rapport de deux à trois dans le nombre de navires dont disposent les flottes de guerre respectives. Celui-ci aurait pourtant signifié l’apaisement dans la course aux armements.

En 1912, l’Europe est le théâtre d’un conflit localisé, la première crise balkanique. A cette occasion, Guillaume II soutient la Ligue balkanique (regroupant la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et le Monténégro) dans son opposition à l’empire Ottoman. Selon lui, le conflit est synonyme à terme d’une stabilisation de la région. D’ailleurs, la Sublime Porte n’est-elle pas moribonde en Europe ? La guerre, déclarée le 17 octobre, s’achève quand la Serbie, après la conférence de Londres, accepte l’idée d’une Albanie indépendante et des préliminaires de paix au mois de novembre 1913. Les hostilités reprennent quelques mois plus tard, la Bulgarie s’opposant cette fois-ci à la Roumanie, la Serbie et la Grèce. Si Guillaume II ne souhaite à aucun prix le déclenchement d’un conflit généralisé dans l’Europe continentale, ces deux guerres balkaniques posent tout de même la question du soutien allemand à l’Autriche-Hongrie face à l’expansionnisme serbe, celui-ci étant encouragé par la Russie. Autrement dit, la guerre peut-elle à terme demeurée circonscrite à cette « poudrière des Balkans » ?

Devant l’isolement croissant de l’Allemagne, l’idée d’une guerre préventive fait son chemin au sein de l’état-major. Ainsi le général von Schliefen a-t-il établi un plan d’attaque de l’ennemi français, qui repose sur l’initiative prise par le Reich d’une déclaration de guerre, ainsi que sur la probable lenteur à l’Est de la mobilisation russe. Dans un vaste mouvement d’encerclement, qui passe par le Luxembourg et la Belgique (neutres cependant), les troupes allemandes anéantiraient l’armée française par le Nord, se rendant rapidement maître de la capitale parisienne, avant de se retourner contre la Russie. Malgré ses discours et ses attitudes énergiques, l’empereur Guillaume II est hostile à cette idée. Le 15 juin 1913, il fête son jubilé d’argent, ses vingt-cinq années de règne personnel et de paix. A ce jour en effet, cette période faste marque en effet la consolidation de l’empire, autour notamment de la personne de son souverain.

Celui-ci est profondément indigné par l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche, l’archiduc François Ferdinand, dans les rues de Sarajevo, le 28 juin 1914. Le 5 juillet, au comte Hoyos, émissaire de l’empereur François Joseph, il affirme son soutien à l'Autriche-Hongrie dans sa politique de fermeté vis à vis de la Serbie. Celle-ci est accusée d'être le commanditaire du crime. Guillaume II affirme cependant que « c’est à l’Autriche-Hongrie de juger ».

L’empereur croit en effet qu’il est possible à son seul allié fiable d’exploiter dans l’immédiat l’indignation générale contre son voisin, sans que pour autant le conflit n’embrase le continent dans son entier. A la suite de ces premiers événements, dans une volonté d’apaisement, il part d’ailleurs pour une croisière à bord de son yacht, le Hohenzollern, en mer Baltique. A son retour cependant, l'ultimatum austro-hongrois est transmis au ministre autrichien à Belgrade, Giesl, tandis que Vienne se prépare à la mobilisation. A Berlin, la confusion règne. Guillaume II multiplie les déclarations hostiles à la Serbie et à la Russie, tout en tentant de freiner son allié autrichien. Le ministre de la Guerre von Falkenhayn lui fait cependant remarquer, le 28 juillet, qu’il « n’a plus le contrôle de la situation ».

Ce même jour en effet, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie. Le lendemain, la Russie mobilise ses troupes à la frontière occidentale. Guillaume II fait parvenir au Tzar Nicolas II des télégrammes l’assurant que la volonté de l’Allemagne est de limiter l’action autrichienne. Le 29 juillet, l’empereur multiplie les échanges avec son entourage, affirmant que « ce serait une folie d’en arriver à une guerre généralisée ». Cependant, la diplomatie cède le pas aux impératifs militaires et à la nécessité de répondre à la Russie, Guillaume II cédant aux injonctions belliqueuses de son état-major. Dans les jours qui suivent, les événements s’accélèrent à l’intérieur du Reich. Le 31 juillet, est proclamé l’état de danger de guerre, préliminaire à une mobilisation générale, signée le lendemain, puis à la déclaration de guerre à la Russie. Malgré les dernières tentatives de médiation de l’Angleterre, alors que les troupes allemandes entament déjà leur marche à l’ouest comme le prévoit le plan Schlieffen, l'Allemagne déclare la guerre à la France, le 3 août. Le Royaume-Uni fait de même vis à vis de l'Allemagne, estimant inacceptable la violation par celle-ci de la neutralité de la Belgique.

Dès le début du conflit, l’empereur devient le symbole du peuple allemand uni dans la guerre. D’ailleurs, de 1914 à 1918, Guillaume II est au plus près des combats, avec l’état-major placé au début du conflit sous le commandement du général von Moltke, en poste depuis 1906. Sur le théâtre des opérations, celui-ci, puis ses successeurs, décident de la conduite de la guerre, le souverain se contentant le plus souvent de ratifier les décisions prises. Après l’échec du plan Schlieffen, sur la Marne et devant Paris au début du mois de septembre 1914, il place von Falkenhayn à la tête de ses armées. Mais à l’Est, les succès de Tannenberg et des lacs Mazures, assurent la popularité de Hindenburg et de Ludendorff. Ces deux généraux accèdent à leur tour aux plus hautes fonctions à l’été 1916. Dès lors, l’état-major assure seul une véritable dictature militaire, reléguant l'empereur au second plan. Celui-ci est sujet à des crises d’excitation, de déprime, en fonction des nouvelles qui lui parviennent du front, laissant voir qu’il n‘est pas un « chef de guerre ». Au cours de ces années, il définit néanmoins les grandes orientations stratégiques dans la marche de la guerre, celle de forcer la Russie à une paix séparée en poursuivant l’offensive sur le front de l’Est, celle de déclencher la guerre sous-marine à outrance, etc.

Guillaume II ne perd cependant jamais de vue que la guerre n’est pas une fin en soi. Ses objectifs sont fluctuants et fonction des nouvelles du front. Ainsi, au début du conflit, il se prononce clairement pour une annexion de territoires belges et français, se contentant par la suite de désirer soustraire la première de l’influence britannique. A l’Est, il s’agit pour lui de créer un État polonais à la tête duquel le Reich placerait un souverain allemand. Après la défaite de la Russie, les États baltes doivent également être placés sous la domination des empires centraux. A partir de la fin de l’année 1916, l’empereur soutient les différentes initiatives de paix, rejetant cependant celle de l’été 1917, issue du Reichstag et qui propose une paix de « compromission ». Bientôt, la durée de la guerre met sur le devant de la scène politique la question des réformes institutionnelles au sein du Reich, celle de la démocratisation du vote, de la parlementarisation du régime. Pendant l’été 1917, ces différentes questions constitutionnelles, ainsi que l’opposition qui ne manque pas de naître avec le haut commandement amènent la démission du chancelier Bethmann-Hollweg. Dès lors, rien ne peut plus d’enrayer le déclin, l’affaiblissement du pouvoir personnel de l’empereur.

Au cours de l’été 1918, celui-ci apprend de ses généraux Hindenburg et Ludendorff que la défaite allemande est maintenant inéluctable. A Spa, ceux-ci le pressent de conclure un armistice, craignant un soulèvement populaire à l’intérieur du Reich. Guillaume II se laisse fléchir et demande au nouveau chancelier, Max de Bade, d’ouvrir des négociations avec les Etats-Unis, nouveau belligérant, et le président américain Wilson. Le 26 octobre 1918, le Reichstag adopte une loi instaurant la monarchie parlementaire, les ministres étant désormais responsables devant les parlementaires. L’esprit du régime impérial s’en trouve définitivement modifié. Pourtant les Alliés, Woodrow Wilson en tête, exigent de traiter avec des « représentants authentiques du peuple allemand ». La question de l’abdication de Guillaume II se pose alors au sein du pouvoir militaire et politique, dans l’entourage de l’empereur. La décomposition de l’armée, les mouvements sociaux (grèves, création de soviets) en Allemagne accélèrent alors les événements. Le 9 novembre 1918, Guillaume II annonce qu’il se déclare favorable à un armistice, qu’il renonce à la couronne impériale (tout en conservant celle du royaume de Prusse) et confie le commandement de l’armée à Hindenburg. A Berlin cependant, le chancelier Max de Bade se contente d’annoncer la renonciation de l’empereur au pouvoir. La République est proclamée peu après par Scheideman. Guillaume II gagne alors les Pays-Bas, son abdication officielle n’intervenant que le 28 novembre.

Dans les années qui suivent la fin du conflit, l’ex-empereur est menacé d’extradition et de jugement « comme criminel et principal responsable de la guerre » par les États vainqueurs.

Cette accusation deviendra effective avec l’article 231 du traité de Versailles, qui affirme la culpabilité de l’Allemagne, son rôle dans le déclenchement du conflit au cours de l’été 1914. Le gouvernement hollandais cependant refuse de livrer Guillaume de Hohenzollern. Celui-ci s’installe le 15 mai 1920 au château de Doorn, dont il fait l’acquisition. Après que le gouvernement de la République de Weimar lui a accordé le droit sur de nombreuses propriétés en Allemagne, il peut à présent vivre selon un train de vie princier. S’adonnant à sa grande passion l’archéologie, il nourrit des rêves de restauration monarchique, entretenus par le nouveau pouvoir nazi. Guillaume II subit une attaque cardiaque et décède le 4 juin 1941, à l’âge de quatre-vingt deux ans. Ne souhaitant pas que les nazis exploitent sa mort, il est enterré à Dorn, dans la chapelle mortuaire du château.

le lundi, 21 septembre 2015 posté dans la catégorie G