Goursat (Georges dit SEM )

Ecrit par Éric Labayle

(22 novembre 1863 - 1934)

 

 



Georges Goursat est né à Périgueux le 22 novembre 1863. Il passe son enfance dans la capitale périgourdine puis, après le décès prématuré de son père, prend la direction de l'épicerie familiale, place Francheville. A cette époque déjà le jeune homme dessine, mais ce n'est encore qu'un simple passe-temps. Il s'amuse à caricaturer les passants et à saisir l'aspect comique de leurs silhouettes, mais son avenir semble tracé dans l'épicerie, plus que dans le dessin...

Pourtant, sa collaboration à un hebdomadaire régional intitulé "L'Entracte" va décider de son destin. Les dessins qu'il y publie obtiennent un certain succès et lui assurent une notoriété qui dépasse vite le cadre de son Périgueux natal. Abandonnant la boutique de la place Francheville, il part pour Bordeaux, chez un oncle commerçant, puis à Marseille où il publie une série de portraits. Vers 1890, il commence à signer ses oeuvres du pseudonyme de Sem. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Jean Lorrain.

Cette rencontre est décisive à plus d'un titre. Les deux hommes "montent" à Paris et Sem trouve dans la capitale un inépuisable réservoir de modèles pour ses caricatures. En 1909, il remporte un premier succès, avec son album : Turf. Sa carrière est désormais lancée et son style va vite devenir célèbre. Ses personnages sont le plus souvent présentés de profil. Préférant à l'origine se contenter des visages, il évolue et met à profit l'expérience techniques qu'il acquiert peu à peu, notamment au contact de son confrère le dessinateur Roubille, pour les dessiner également en pied. 

Fréquentant le "Tout-Paris", Sem en adopte le mode de vie : soirées chez Maxim's, week-ends à Chantilly, courses à Longchamp et bains de mer à Deauville...Il est un habitué des cercles, des casinos et des paddocks, mais autant pour son art que pour son plaisir. Il y saisit sur le vif ses contemporains, sur le carnet de croquis qui ne le quitte jamais, et fait preuve d'une habileté remarquable pour accentuer un trait du visage ou les courbes d'une silhouette. C'est que l'artiste est perfectionniste. Les dessins qu'il publie sont le résultat de nombreuses esquisses et d'une recherche scrupuleuse du trait exact. De fait, chacune de ses planches est un modèle du genre : précise, féroce et tendre à la fois, élégante, judicieuse et révélatrice.  

Sa collaboration avec Roubille se traduit par la réalisation en commun d'un vaste diorama (9,5 x 1,5 mètres) sur lequel sont croqués tous les personnages en vue du Paris de la Belle Époque : du prince Troubetzkoy avec son loup aux célébrités du monde des lettres. En 1909, les deux dessinateurs récidivent et créent une longue frise roulée qui présente dans un panorama tout en longueur des silhouettes de piétons et des voitures. 

C'est également dans ces années qu'à la suite de Turf, Sem publie une série d'albums de caricatures qui obtiennent un réel succès populaire. Ils constituent en quelque sorte un condensé de la Belle Époque, cette période pendant laquelle une classe favorisée vivait encore dans l'insouciance la plus totale. Il n'y a dans ces dessins aucune agressivité. Sem n'est pas un dessinateur vindicatif. Il préfère poser sur ses modèles un regard amusé et, en fin de compte, plutôt tendre. En 1914, il lance une revue dans laquelle il souhaite publier les dessins qu'il conserve en réserve mais qui n'ont pas trouvé place dans ses albums : Le vrai et le faux Chic. La guerre met un terme à la publication après le premier numéro. 

En engloutissant le monde dans lequel il évoluait, la première guerre mondiale est pour Sem une expérience douloureuse. Il poursuit néanmoins son travail de dessinateur et se rend à plusieurs reprises sur le front, où il exécute des croquis qui n'ont plus la fraîcheur de ceux d'antan. Désireux de témoigner de son expérience, il rédige deux livres, Un Pékin sur le Front et La Ronde de Nuit, qu'il illustre de dessins pris sur place. Quelques temps plus tard, c'est un album entier qu'il consacre à l'univers des tranchées : Quelques Croquis de Guerre, dans lequel son talent de caricaturiste se double d'une recherche picturale (lavis et aquarelle), au service du témoignage. 

Une fois la paix revenue Sem, qui poursuit son oeuvre, reste pourtant le même dandy qu'il était avant guerre. Louis Vauxelles en témoigne, dans ce portrait qu'il brosse de lui dans les années vingt : "Il offrait l'aspect d'un homme de turf : complet homespun, pantalon retroussé jusqu'aux chevilles sur de minuscules bottines fauves, chemise à rayures bleues, cravate sang de bœuf et le melon planté de traviole sur sa spirituelle frimousse glabre, ridée, couturée, fripée. Il trottinait au Bois entre ses deux acolytes, le long, mélancolique, élégant et barbu Paul Helleu, et ce prodigieux homuncule hydrocéphale, il maestro Boldini". 

Georges Goursat, dit Sem, s'éteint à Paris en 1934. 

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie G