Guynemer (Georges)

Ecrit par Eric Labayle

(24 décembre 1894 - 11 septembre 1917)

Georges, Marie, Ludovic, Jules Guynemer est né  à Paris le 24 décembre 1894, dans une famille aisée de l'aristocratie normande. Sa mère, Diane Julie Noémie Doynel de Saint-Quentin possède de famille le château de Garcelles, non loin de Caen. C'est là que l'enfant passe le plus clair de ses premières années. Il fréquente aussi les autres résidences de la famille : le château de Thuit près des Andelys, une propriété à Falaise et la maison de Compiègne. 

C'est en 1912 qu'il reçoit son baptême de l'air, près de Compiègne justement. Cette première expérience est une révélation. Sa vocation pour l'aviation est née. Après des études secondaires au collège de Compiègne, il fréquente le collège Stanislas où il se forge une réputation d'élève doué mais chahuteur. Il obtient son baccalauréat en juillet 1914, malgré un état de santé précaire (il souffre de rougeole et de scarlatine). Désireux d'entrer à l'École Polytechnique et doué pour les disciplines scientifiques, il envisage de poursuivre ses études en classe de mathématiques spéciales.

C'est en vacances au Pays Basque, à Anglet, qu'il apprend la nouvelle de la déclaration de guerre. Jeune homme fougueux et désireux de servir, il décide de devancer l'appel (il n'a pas encore vingt ans) et de souscrire un engagement volontaire au titre de l'infanterie. Les contrôles médicaux de recrutement lui sont défavorables. A quatre reprises, sa demande est ajournée en raison de sa constitution fragile (il ne pèse que 43 kilos pour un mètre 74...). La guerre ne fait que commencer et l'armée peut encore se montrer exigeante quant aux capacités physiques de ses recrues...

Ce n'est qu'à sa cinquième demande qu'il peut enfin obtenir satisfaction. Le 23 novembre 1914, son engagement volontaire pour la durée de la guerre est finalement accepté. Il est envoyé à Pau, où il reçoit une affectation d'apprenti mécanicien sur avions. La formation est rude et ces emplois de simple soldat sont ingrats. Toutefois, il met à profit ces premières semaines de vie militaire pour acquérir de solides connaissances techniques qui lui seront utiles plus tard. Il profite également de cette affectation pour effectuer plusieurs vols (comme passager bien entendu) qui confirment son goût pour l'aviation. Il est désormais déterminé à devenir pilote. Le 23 décembre, il dépose sa demande de mutation pour un centre d'élèves-pilotes. Grâce à l'appui du capitaine Bernard-Thierry, commandant de la base de Pau, son dossier est accepté un mois plus tard. C'est le tournant décisif de sa vie.

Il effectue son premier vol comme pilote le 10 mars 1915, sur un Blériot, puis obtient dès le lendemain son brevet de l'Aéro-Club de France. C'est à la base d'Avord qu'il est ensuite envoyé, pour suivre un stage de perfectionnement sur des appareils modernes : Morane-Saulnier et Nieuport. Le 26 avril, le brevet militaire de pilote d'avion lui est attribué, en complément du brevet civil obtenu le 11 mars. Le 8 mai, il est nommé caporal. Sa formation élémentaire s'achève le 8 juin. Quelques jours plus tard, il est affecté à l'escadrille M.S.3, alors basée à Vauciennes (Oise). 

Ses débuts sur le front sont calamiteux. Il accumule les accidents et détruit deux appareils au sol. Védrines, alors au sommet de sa gloire, décide de l'épauler et le prend comme équipier. Guynemer ne pouvait rêver plus prestigieux parrain. Retrouvant la confiance, il abat son premier avion, un Aviatik, le 19 juillet, au dessus du village de Septmonts, dans l'Aisne, quelques kilomètres au sud de Soissons, non sans avoir été blessé (à une main) dans l'action. L'avion utilisé ce jour-là est celui d'un autre aviateur nommé Charles Bonnard, surnommé Le Vieux Charles. Le nom restera et Guynemer baptisera désormais ainsi tous ses appareils.

Cette victoire n'est pourtant pas acquise individuellement, car l'auteur du tir décisif est le mécanicien-tireur, Guerder, et non Guynemer, pilote. Elle lui vaut pourtant la promotion au grade de sergent dès le lendemain, avec une citation à l'ordre de la 6e armée et l'attribution de la Médaille militaire. L'ancien apprenti mécanicien dont la faible constitution interdisait le service dans l'infanterie commence à faire parler de lui. Le 24 décembre 1915, il est fait chevalier de la Légion d'honneur pour quatre victoires remportées en combat aérien et deux « missions spéciales » effectuées dans des conditions rocambolesques. 

Le 6 février 1916, il a les honneurs du communiqué pour sa cinquième victoire. A cette occasion lui est attribué un qualificatif qui restera dans le vocabulaire de l'aéronautique militaire française : celui d'As. Guynemer n'est plus simplement un bon pilote, il est un As et à ce titre, il entre de plain-pied dans la légende de l'aviation. Dès lors, il devient un symbole dont la propagande s'empare sans retenue. Symbole de la ténacité, symbole de l'efficacité, symbole de la détermination, symbole du courage... Il est partout : dans les journaux, dans les cérémonies, etc. Le 4 mars, il est nommé sous-lieutenant à titre temporaire, puis à titre définitif dès le 12 avril. Le 13 mai 1916, au cours d’une prise d’armes à Dijon-Longvic, il devient le premier porte-drapeau de l'aéronautique militaire. 

C'est que le pilote ne manque pas de qualités. Malgré sa faible constitution physique, il fait preuve d'une endurance exceptionnelle. On le voit effectuer des missions longues de 7 à 10 heures. Son acharnement à entrer dans l'armée se transforme en un jusqu'au-boutisme frénétique. L'énergie qu'il met  remplir sa mission de chasseur n'a d'égal que son courage au combat. Abattu sept fois, il repart toujours au combat. Il est à la fois intrépide et calculateur, fonceur et excellent tireur. Rien de tel pour que la propagande s'intéresse à lui et le hisse sur un piédestal. Il devient le héros indispensable d'une France qui doute. Chacune de ses victoires donne lieu à des proclamations dithyrambiques. 

L'année 1916 est celle de la consécration. Détaché le 30 mai à l'escadrille F. 19, il rejoint dès le 5 juin celle avec laquelle il parachève sa légende : la N. 3, dite Escadrille des Cigognes. Collaborant étroitement avec l'ingénieur Louis Béchereau, il travaille à la mise au point d'un nouvel appareil dont les qualités s'avèrent évidentes : le Spad VII, puis, quelques mois plus tard, sa version XII. Cette dernière est pour ainsi dire créée sur mesure pour lui, avec son canon tirant à travers le moyeu de l'hélice. Elle n'est pourtant pas adoptée à cause de problèmes techniques (fumée dans le poste de pilotage à chaque tir, recul du canon trop important, etc.). Perfectionniste, Guynemer s'emploie également à faire évoluer le métier de chasseur, en élaborant de nouvelles tactiques et formant de jeunes pilotes. 

En août 1916, il est déjà titulaire de dix victoires. Il en ajoute quinze autres avant la fin de l'année, acquises au dessus de Verdun et de la Somme. Le 23 septembre, il inaugure son premier triplé (trois victoires en un seul combat aérien). Le 31 décembre, il est nommé lieutenant. Il a alors 29 victoires à son actif. 

Le 22 janvier 1917, il est décoré de la croix de Saint Georges de Russie. Le 18 février il est nommé capitaine. Le 5 juillet suivant à Bonnemaison, il reçoit la croix d'officier de la Légion d'honneur (il avait été nommé le 11 juin). La citation qui accompagne cette nomination est éloquente : « Officier d'élite, pilote de combat aussi habile qu'audacieux. A rendu au pays d'éclatants services, tant par le nombre de ses victoires que par l'exemple quotidien de son ardeur toujours égale et de sa maîtrise toujours plus grande. Insouciant du danger, est devenu pour l'ennemi, par la sûreté de ses méthodes et la précision de ses manœuvres, l'adversaire redoutable entre tous. A accompli le 25 mai 1917 un de ses plus brillants exploits en abattant, en une seule minute, deux avions ennemis et en remportant, dans la même journée, deux nouvelles victoires. Par tous ces exploits, continue à exalter le courage et l'enthousiasme de ceux qui, des tranchées, sont témoins de ses triomphes : quarante-trois avions abattus, vingt citations, deux blessures ». Quinze jours plus tard, il est désigné pour décorer lui-même son collaborateur Louis Béchereau de la croix de chevalier de la Légion d'honneur. La cérémonie, qui a lieu devant toute l'Escadrille des Cigognes, sur un front d'avions alignés, prend valeur de symbole : l'ingénieur qui met au point les avions dans l'ombre est décoré par celui qui, sur ces mêmes avions, est devenu une gloire nationale. 

Le 20 août 1917, Guynemer abat son 53e (et dernier) avion. Le 24, il quitte le front pour participer aux essais de mise au point du futur Spad. Entre les combats, les sollicitations des services de propagande ou de la presse et les séances de travail avec les ingénieurs aéronautiques, sa santé s'étiole. Début septembre, il montre une fatigue inquiétante qui alarme ses proches. Aux conseils de prudence, il répond : « Quand on n'a pas tout donné, on n'a rien donné »...

Il revient donc sur le front sans avoir pris de repos. Le 11 septembre, il doit effectuer une mission au dessus du champ de bataille de Passchendaele, en compagnie d'un équipier, le sous-lieutenant Bozon-Verduraz. Depuis quelques semaines en effet, l'escadrille des Cigognes a reçu pour consigne de ne plus procéder à des sorties en solitaire. Les pertes sont trop lourdes. 

Lorsque les deux aviateurs aperçoivent un avion allemand isolé, Guynemer se jette sur lui, laissant à Bozon-Verduraz le soin de protéger ses arrières. La suite du combat est confuse. Après avoir réussi à disperser une patrouille de huit avions allemands, Bozon ne parvient pas à retrouver son coéquipier. Après quelques tentatives infructueuses, il rentre à la base, croyant l'y retrouver. Mais l'As ne revient pas. Le lendemain, le rédacteur du journal des marches et opérations de l'escadrille écrit sobrement dans son registre qu'il a « disparu le 11 septembre1917 (non rentré de patrouille) ». Le 25 septembre, une note officielle se fait plus précise : « Dans la matinée du 11 septembre 1917, le capitaine Guynemer, parti en reconnaissance dans la région des Flandres, s'est trouvé, au cours des péripéties d'une poursuite d'avion ennemi, séparé de son camarade de patrouille et n'a pas reparu depuis. Tous les moyens d'investigations mis en jeu n'ont donné jusqu'à ce jour aucun renseignement complémentaire ».

Qu'est-il arrivé en fait ? Au cours du combat au dessus de Poëlcapelle, Guynemer a été tué d'une balle en pleine tête par le sergent aviateur Kurt Wisemann (celui-ci sera abattu 21 jours plus tard par René Fonck). Fiers de ce succès, les Allemands ne manquent pas de le rendre public. Vers la fin du mois de septembre, ils annoncent que le corps et l'appareil de l'as français ont été formellement identifiés, dans le secteur de Poëlcapelle. Rien n'en sera pourtant retrouvé, après la prise du village par les troupes alliées en octobre. Le héros national n'aura pas de sépulture... 

Mais la mort de l'as ne met pas un terme à la légende. Le 30 octobre 1917, il est décidé que le nom de Guynemer serait inscrit au Panthéon (la cérémonie d'inauguration de la plaque n'a lieu que le 30 avril 1922). L'homme aux 53 victoires devient même un symbole qui traverse le temps. En 1918, il est prescrit aux enfants des écoles d'apprendre par cœur le texte de sa dernière citation, obtenue à la suite de son ultime combat  : « Guynemer (Georges), capitaine commandant l'escadrille n° 3. Mort au champ d’honneur à Poëlcapelle le 11 septembre 1917.

Héros légendaire tombé en plein ciel de gloire, après trois ans de lutte ardente. Restera le plus pur symbole des qualités de la race : ténacité indomptable, énergie farouche, courage sublime. Animé de la foi la plus inébranlable dans la victoire, il lègue au soldat français un souvenir impérissable qui exaltera l'esprit de sacrifice et provoquera les plus nobles émulations ». A partir de 1924 ensuite, ce même texte est récité chaque 11 septembre dans les unités et bases de l'aviation française (puis de l'Armée de l'Air après 1928) et à leur tour les soldats de l'aviation doivent l'apprendre par cœur. La devise, « Faire face », qu'il avait adoptée en 1915, devient celle de l'école de l'Air. Elle l'est encore de nos jours. 

En 1923, ce que l'on pense être les débris de son avion et ceux de sa dépouille sont découverts. Une stèle est dressée cette même année sur les lieux de la trouvaille. Elle porte l'inscription suivante : « Sur ce coin de terre belge ravagé par la guerre, tomba, pour la défense du droit violé, un héros français, Georges Guynemer, dont les ailes victorieuses conquirent à vingt ans une gloire incomparable dans le ciel des combats. Les aviateurs, qui eurent l'honneur de lutter à ces côtés, ont élevé ce monument en témoignage de leur admiration, née de la fraternité des armes ». 

Entre autres décorations et honneurs, Georges Guynemer était : 

- Officier de la Légion d'Honneur

- Titulaire de la Médaille Militaire

- Décoré de la Croix de Guerre 1914-1917 avec 26 palmes (citations à l'ordre de l'armée)

- Officier de l'ordre de la Couronne de Belgique

- Chevalier de l'ordre de l'Aigle Blanc de Serbie

- Décoré de la Croix de Guerre belge

- Chevalier de l'ordre de Danilo du Monténégro

- Titulaire de la Médaille des Blessés

- Chevalier de l'ordre de Michel le Brave de Roumanie

- Titulaire du Distinguished Service Order 

- Titulaire de la Croix de Saint Georges de Russie.

... Il est mort alors qu'il n'avait pas encore 23 ans...

le lundi, 14 septembre 2015 posté dans la catégorie G