Garros (Roland)

Ecrit par Marc Nadaux

(6 octobre 1888 - 5 octobre 1918)

 


Roland Garros naît le 6 octobre 1888 à Saint-Denis-de-la-Réunion. Il est le fils de Georges Garros, avocat au barreau de la ville, et de Clara Faure. Quatre années après sa naissance, la famille Garros gagne Saigon, dans l’Indochine française. Sa mère s’occupe personnellement de son éducation, celle-ci nécessitant bientôt l’envoi de l’enfant en métropole. Au mois d’avril 1900, le voici donc inscrit au collège Stanislas, à Paris. En raison d’une maladie pulmonaire, l’institution envoie son élève à Cannes, dans un autre établissement sous sa dépendance. C’est là que sa mère et son père rejoignent le convalescent. Les Garros s’installent alors à Nice, où Roland est scolarisé. Davantage préoccupé par le sport (football et tennis) et par les activités physiques que par les études, il est de nouveau envoyé à Paris, après un court séjour en Angleterre. Il effectue son année de philosophie au lycée Jeanson-de-Sailly. Là, le jeune homme obtient son baccalauréat, la même année qu'il remporte le championnat cycliste interscolaire de vitesse sur piste.

Le 23 août 1906, Roland Garros entre à l’École des Hautes Études de commerce (H.E.C.), dont il sort diplômé deux années plus tard. A cette époque, ses parents, qui sont retournés vivre à Saigon, ont entamé une procédure de divorce. 

Grâce à sa formation, le jeune homme est employé chez les automobiles Grégoire, dans un secteur économique alors en pleine expansion. Au 6 de l'avenue de la Grande Armée, il ouvre une succursale. Au cours de l’automne 1909 cependant, il assiste au meeting aérien de Reims, qui se tient sur le terrain de Bétheny. C’est une révélation pour ce lecteur assidu des oeuvres du romancier d’anticipation Jules Verne. Il fait immédiatement l’acquisition d’un modèle d'avion « bon marché », une Demoiselle, construit par Adolphe Clément-Bayard. Livré au mois d’avril 1910, l’engin, léger et fragile, est aussitôt réduit en morceaux par le néophyte. Celui-ci se perfectionne ensuite au contact d’Edmond Ardemars, un aviateur plus chevronné.

Dès le 14 juillet suivant, Roland Garros obtient un contrat pour une manifestation organisé à Cholet. Un brevet de pilote lui est bientôt attribué, le 19 juillet 1910, qui porte le n° 147. Une semaine plus tard l’aviateur est à Rennes, avant de regagner la capitale. Ayant fait la connaissance de John Moisant, ce dernier l’invite à bord de son aéroplane biplace, un Blériot XI. Ensemble, les deux amis survolent la capitale, à 800 mètres d’altitude. Quelques temps plus tard, Garros fait l’acquisition de l’appareil de Santos-Dumont, toujours une Demoiselle, mais équipé d’un moteur modifié, et donc plus puissant que le précédent. A son bord, il réussit à atteindre la vitesse de 150 km/h lors d’une réunion à Dinard, au mois de septembre 1910. Désormais Roland Garros fait partie des quelques pilotes français reconnus.

A tel point qu’il est invité au delà de l’Atlantique, aux Etats-Unis, pour un meeting international organisé au Belmont Park de New York. Son séjour durera une année complète. Son ami Moisant l’engage en effet pour une tournée à l’intérieur du pays. Richmond, la Nouvelle Orléans, Dallas, Fort Worth, Oklahoma City, Houston, Monterey sont tour à tour des lieux d’exhibition. Au cours de l’une d’entre elles, John Moisant s’écrase avec son appareil. Le show continue néanmoins, se déplaçant au Mexique voisin, puis à Cuba. De retour en France en 1911, Garros, qui vole à présent sur un Blériot XI, concourre lors de plusieurs épreuves réputées : Paris-Madrid, Paris-Rome, le Circuit européen où il termine à la deuxième place. Au delà de la notoriété, ces succès lui permettent de vivre à présent dans l’aisance, ces courses étant souvent dotées de prix intéressants.

Avec Edmond Ardemars et fort de ce nouveau capital, l’aviateur se fait constructeur. Il expérimente tout d’abord une Demoiselle équipée d’un moteur Gnome (7 cylindres, 50 cv), sans grande réussite. Il transforme ensuite son Blériot XI en biplace. Au cours de l’été, puis à l’automne 1911, l’aviateur participe à plusieurs réunions. A Saint-Benoît-les-Ondes, le 4 septembre, face aux îles anglo-normandes, il bat le record d’altitude, atteignant 3.910 mètres. Cet exploit le transforme en vedette. Avec quelques autres, dont Audemars et Charles Voisin, Roland Garros part ensuite pour l’Amérique du Sud, pour une tournée organisée par la Queen Aeroplane Company Ltd. En France, il remporte à son retour le Grand Prix de l’Aéro-Club, au mois de juin 1912. L’aviateur obtient ainsi le prix de 75.000 francs offert au vainqueur, une somme énorme. Celle-ci lui permet d’entreprendre un voyage au cœur de l’Empire des Habsbourg, à Vienne, où se déroule un meeting international, la "Semaine de Vienne-Aspern", du 23 au 30 juin 1912.

A Houlaget, le 6 septembre et à bord cette fois-ci d’un Blériot équipé d’un moteur Gnôme de 80 cv, Roland Garros bat de nouveau le record d’altitude avec 4.960 mètres, aussitôt effacé par un concurrent, Legagneux. Ayant fait l’acquisition de l’appareil de ce dernier, un Morane-Saulnier, il s’élance de nouveau et atteint cette fois-ci 5.610 mètres, le 11 décembre 1912. Toujours à bord de son nouvel engin, la semaine suivante, Roland Garros décide de relier Tunis à Rome. Pour ce nouvel exploit, il reçoit la médaille d’or de l’Aéro-Club de France, ainsi que la médaille de vermeil destinée aux grands voyageurs aériens. En vacance à Nice, l’aviateur fait la rencontre d’une jeune femme, Marielle Georges, avec laquelle il se lie et qui l’accompagnera désormais. En cette année 1913, devant l’absence de grandes réunions, Roland Garros entreprend un nouveau raid, Paris-Fréjus-Tunis, soit rien de moins que la traversée de la mer Méditerranée. Accompli le 23 septembre, cet exploit lui assure un accueil triomphal à son retour à Marseille, puis à Paris.

Ayant remporté le Circuit des Lacs, l’aviateur s’intéresse ensuite à une autre prouesse aérienne, le « looping », qu’il effectue à son tour le 19 novembre 1913 à bord d’un Morane-Saulnier. Peu de temps plus tard son amie, Marielle Georges sera, elle, la première passagère à réaliser ce tour de force. Au printemps 1914, Roland Garros remporte le rallye aérien de Monaco, empochant au passage une nouvelle fortune. Puis il se classant deuxième de la course Paris-Londres-Paris. Fort des progrès fulgurants réalisés au cours des années précédentes, les concurrents banalisent donc la traversée de la Manche effectuée pour la première fois par Louis Blériot en 1909 ! Ces derniers mois, Garros a multiplié les vols à bord d’un hydravion, nouvelle coqueluche des foules de spectateurs, un Morane-Saulnier « hydro » à moteur Gnôme 80 HP. La déclaration de guerre interrompt alors ses activités de pilote professionnel. Précisons néanmoins que cette première guerre mondiale, et bientôt les préoccupations des belligérants pour la guerre aérienne vont accélérer les progrès de l’aviation, et donner à celle-ci un développement industriel.

Soldat de 2e classe, Roland Garros est affecté à l’escadrille MS 23, placée sous le commandement du capitaine Vergnette. Dès le 19 août 1914, il effectue sa première mission de reconnaissance. Il est nommé caporal le 4 septembre, puis sergent. Reçu à Paris le 13 octobre, il est chargé par les autorités militaires de mettre au point une mitrailleuse capable de tirer dans l’axe de l’appareil, l’invention devant permettre au pilote de voler seul. Il rejoint ensuite l’escadrille M 26, basée à Dunkerque. Le 1er avril 1915, il abat son premier avion ennemi, un Albatros. Après deux autres victoires, il est forcé d’atterrir derrière les lignes ennemies au cours d'une mission. Après avoir mis le feu à son avion, il est capturé puis placé en détention dans la forteresse de Zondorff, près de Kustrin, en Prusse orientale.

Le 8 janvier 1917, Garros est transféré au camp de Gnadenfrei en Silésie, puis à Trèves et enfin au camp du Scharnhorst de Magdeburg. Là, les conditions de détention sont très dures. De retour au Zondorff, il parvient à s’évader le 15 février 1918, en revêtant une tenue d’officier allemand. De retour en France via les Pays-Bas puis l’Angleterre, il est décoré de la Légion d’Honneur. Ayant rejoint, après quelques stages d’entraînement, la SPA 26, appartenant au Groupe des Cigognes (CG 12), l’aviateur, devenu lieutenant, est de retour sur le front. Alors que les Alliés entament une offensive qui s’avérera décisive, Roland Garros multiplie les attaques en vol, faisant à chaque fois preuve d’intrépidité. Il disparaît en combat aérien, le 5 octobre 1918, dans le secteur de Vouziers, à bord de son Spad XIII CI, avec lequel il avait entrepris trois Fokker ennemis.

 

Rappelons pour mémoire que, dix années après sa mort, son ami et ancien camarade d’H.E.C. Émile Lesieur, devenu président du Stade Français, baptisera du nom de l’aviateur, vainqueur de la Méditerranée, un stade de tennis nouvellement construit à proximité de Paris.

le lundi, 25 janvier 2016 posté dans la catégorie G