Duchêne (Denis Auguste)

Ecrit par Eric Labayle

(23 septembre 1862 - 9 juin 1950)

 

Né le 23 septembre 1862 à Juzennecourt, dans la Haute-Marne, Denis Auguste Duchêne est entré à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr le 28 octobre 1881. A partir de sa sortie de l’école, en 1883, le sous-lieutenant Duchêne a vécu la carrière classique d’un officier d’infanterie de l’époque, alternant les séjours outre-mer et les périodes en corps de troupe dans des garnisons métropolitaines. En 1886 et 1887 notamment, il fit campagne au Tonkin comme lieutenant au 4e régiment de Tirailleurs Tonkinois. Promu capitaine le 11 octobre 1892, il entra à l’École Supérieure de Guerre, dont il sortit breveté.

Il fut nommé chef de bataillon le 16 mars 1901 puis lieutenant-colonel le 25 décembre 1908. Depuis sa sortie de l’École de Guerre, il avait occupé divers emplois en corps de troupe (au 32e R.I. en 1898 puis au 147e R.I. en mars 1901) et en états-majors (4e D.I. en 1895, 9e C.A. en 1896, 14e D.I. le 10 février 1904, 20e C.A. en décembre 1908).

En 1912, comme colonel, il commandait le 69ème régiment d’infanterie. Il occupa ensuite (23 mars 1914) le poste envié de chef d’état-major du 20e corps d’armée. A cette époque, une telle promotion constituait l’assurance d’un avancement régulier et la garantie d’une certaine compétence. Le 20e Corps en effet était considéré comme l’élite de l’armée française. Chargé de garder la frontière de Lorraine, il était alors commandé par un certain Ferdinand Foch...

Après la bataille des frontières, la désastreuse défaite de Morhange et le repli sur Nancy, le colonel Duchêne a participé à la défense du Grand-Couronné (5-12 septembre 1914). Il s’y est distingué puisqu’il reçut peu après la rosette d’officier de la Légion d’Honneur et fut nommé général de brigade un mois plus tard (le 27 octobre). Il devint alors chef d’état-major de la 2e Armée.

 De cette époque, son avancement se fit encore plus rapide. Le 9 mars 1915, il recevait le commandement du 32e corps d’armée ; le 12, il était général de division à titre temporaire (il passait à titre définitif le 28 septembre 1915). L’année suivante il recevait la cravate de commandeur de la Légion d’Honneur, était nommé général de division et prenait la tête du 2e corps d’armée, qu’il conduisit dans la bataille de la Somme, en octobre 1916. Le 27 décembre suivant, il gravissait un échelon supplémentaire en devenant le chef de la 10e Armée. Autoritaire et colérique, il était craint par ses subordonnés et peu aimé de ses hommes. "Il a l'art de se rendre partout indésirable", écrivait de lui le général des Vallières...

Le 11 décembre 1917, revenant du front d'Italie, il prenait la tête de la 6e Armée. Celle-ci avait alors la garde du chemin des Dames. Au delà de son aspect tactique, cette mission avait valeur de symbole. Car cette ligne de crête entre l’Aisne et l’Ailette, de Soissons à Reims, était encore dans toutes les mémoires. De la plus douloureuse des façons. Il était donc hors de question que cette position conquise dans la douleur entre avril et septembre 1917, puisse un jour retomber au pouvoir des Allemands. Lors des premières offensives de Ludendorff (mars et avril 1918), l’armée Duchêne resta en marge de la bataille. Son secteur était considéré comme calme et hors de danger. On y affecta donc des troupes usées par les derniers combats (les 19e et 22e D.I. bretonnes ou le 9e C.A. britannique, par exemple). Et pourtant... Lorsque le 27 mai la troisième bataille de l’Aisne se déclencha, son front fut percé en quelques heures ! Effet de surprise et surnombre des troupes d’assaut allemandes face à des défenseurs fatigués sont deux éléments d’explication. L’obstination du général Duchêne à ne pas vouloir aménager une deuxième position et son opposition sur ce point avec le G.Q.G. de Pétain restent toutefois les facteurs déterminants de la défaite. L'héroïsme désespéré de ses troupes submergées n'y a rien pu. De surcroît, une fois le premier choc encaissé, Duchêne rechigna à faire replier son armée au sud de l'Aisne. Il lui semblait que la crête du chemin des Dames devait être son seul et ultime rempart. En refusant le repli immédiat sur une forte ligne de résistance (manœuvre si bien exécutée par le général Gouraud en Champagne, le 15 juillet suivant), c'est tout son dispositif qui fut ébranlé et c'est jusqu'à la Marne qu'il fut contraint de rétrograder... 

Le 10 juin 1918, le général Duchêne payait le prix de son échec et le général Degoutte prenait sa place à la tête de la 6e Armée. C’est lui qui devait la conduire lors de l’offensive victorieuse du 18 juillet.

Placé en disponibilité le 12 septembre 1918 puis soumis à une commission d'enquête sur son échec de mai, il retrouvait un commandement important (la 19e D.I., à Rennes) le 27 mars

  1. Il dirigea ensuite successivement les 13e et 3e C.A., avant d’être placé dans la position de réserve le 23 septembre 1924.

Cet homme dont la carrière prometteuse avait été brisée par un choix défensif malheureux et auquel les événements ne permirent pas qu’il fût donné de seconde chance, est mort le 9 juin 1950 à Bihorel, dans le département de la Seine Inférieure).

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie D