Colette (Sidonie-Gabrielle)

(28 janvier 1873 - 3 août 1954)

Sidonie-Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l'Yonne. Sa mère, Sidonie Landoy, avait épousé Jules Robirieau-Duclos de qui elle eut deux enfants : Juliette ("ma sœur aux longs cheveux") et Achille ("l'aîné sans rivaux"). Après le décès de ce premier mari, elle épouse le capitaine Joseph-Jules Colette le 20 décembre 1865. Ce dernier est un ancien officier de carrière. Blessé durant la campagne d'Italie et amputé de la jambe gauche, il a quitté l'armée et a été nommé percepteur de Saint-Sauveur. De ce second mariage, avant le futur écrivain, était né Léo. La jeune fille fréquente l'école communale et cette éducation s'achève au moment où elle passe avec succès son brevet élémentaire, les 1er et 2 juillet 1889 dans la ville voisine d'Auxerre. La même année, la maison familiale de Saint-Sauveur est vendue par autorité de justice. Les Colette sont à présent très endettée, Joseph-Jules Colette ne s’étant pas montré à la hauteur des responsabilité financières qui lui incombent. Ils doivent quitter la ville et se réfugier à Châtillon-Coligny, dans le Loiret, chez Achille, devenu médecin. L’adolescente regrettera longtemps l’éloignement et la disparition de la maison de son enfance.

Trois années plus tard, le 15 mai 1893, Sidonie-Gabrielle Colette se marie à Henri Gauthier-Villars, dit "Willy", le fils cadet d'Albert Gauthier-Vilars, ancien camarade de promotion du Capitaine Colette devenu un grand éditeur. Le couple s'installe peu après au 28 rue Jacob à Paris, puis rue de Courcelle en 1901. A l'époque, Willy collabore à L'Écho de Paris, à La Revue blanche, à la Revue encyclopédique ... Le journaliste est aussi un homme de lettres, qui s'est fait connaître par le passé en publiant une série de romans "légers" : La Môme Picrate, Un petit Vieux bien propre, Suzette veut me lâcher ... Fort goûté pour son esprit et ses calembours dans les salons à la mode, Willy initie sa femme à la vie du Tout-Paris littéraire. Celle-ci fait d'ailleurs bientôt partie de ses "nègres", une équipe de tacherons des lettres, à l'origine d'une abondante production. En 1900, est ainsi publié Claudine à l'école, sous le seul nom de Willy, puis Claudine à Paris, un volume signé cette fois ci "Willy et Colette Willy", Claudine en ménage en 1902 et enfin Claudine s'en va l'année suivante, qui clôt la série. Colette rédige et publie ensuite sous son seul nom Dialogues de bêtes en 1904. Ce dernier volume, où elle montre pour la première fois toute la tendresse qui la lie au monde des animaux, est préfacé par le poète Francis James.

Colette s'éloigne à présent de son mari. Avec la fille du duc de Morny, "Missy" la scandaleuse, divorcée d'avec le marquis de Belbeuf, qui fume le cigare et s'habille en homme, elle vit à présent au 44, rue Villejust. Le divorce d’avec Willy ne sera cependant prononcé que le 21 juin 1910, après une séparation de corps et de biens. Dès le début de l'année 1906, Colette prend des leçons de pantomime avec Georges Waag, dit "Wague", un comédien de renom qui a renouvelé l'art du mime. Dans les années qui suivent, de 1907 à 1912, elle joue en sa compagnie de nombreuses pièces sur les scènes parisiennes : Le Désir, L'Amour, L'Oiseau de nuit ... Enfin, le 3 juillet 1907, la comédienne fait scandale au Moulin rouge, en apparaissant dans un léger déshabillé avec Missy dans une autre pantomime baptisée Rêve d'Égypte. Deux années plus tard, elle joue dans la pièce En camarades, au théâtre des Arts. Colette poursuit également son activité d'écrivain. Elle publie Les Vrilles de la vigne en 1908, qui raconte notamment son expérience de la scène, puis L'Ingénue libertine l'année suivante et La Vagabonde en 1910. A ce dernier volume, le jury du prix Goncourt attribue trois voix.

Elle prête également sa plume au journal La Vie parisienne. L'écrivain fait ainsi la connaissance du rédacteur en chef du grand quotidien, Henry de Jouvenel des Ursins, avec lequel elle se marie le 19 décembre 1912. Le couple aura une fille, prénommée également Colette mais surnommé par sa mère "Bel-Gazou", qui nait le 3 juillet 1913. Peu après le commencement du premier conflit mondial, Colette assure les gardes de nuit auprès des blessés soignés au Lycée Janson-de-Sailly, qui est transformé en hôpital. La Paix chez les bêtes paraît en 1916, puis Les Heures longues en 1917 et enfin Dans la foule, à l'heure où l'armistice du 11 novembre met fin aux combats. C’est l’heure de la reconnaissance. Le 25 septembre 1920, Colette se voit décerner la Légion d'honneur. Grâce à son talent de plume, elle reçoit bientôt la direction littéraire du journal Le Matin. Pendant quatre années, jusqu’au mois de décembre 1923, Colette se rend ainsi chaque jour de la semaine à son bureau, situé au quatrième étage et qui donne sur le boulevard Poissonnière, afin d’y préparer les pages qui sont de son ressort. Outre la chronique dramatique et le panorama des dernières nouveautés littéraires, elle doit ainsi sélectionner les manuscrits que lui font parvenir divers auteurs et qui alimentent sa rubrique des "Mille et un matins". 

En 1920, paraît Chéri. C’est un nouveau succès, qui se prolonge avec La Fin de Chéri. Vient ensuite Le Blé en herbe en 1922, un court roman consacré aux amours de jeunesse. L'écrivain se sépare bientôt d'André de Jouvenel. Le divorce sera prononcé le 6 avril 1925. Elle entame une tournée de conférences dans le Midi de la France, à partir du 9 novembre 1923, et adopte à cette époque le simple nom de "Colette" pour signer ses ouvrages. D'avril à septembre 1924, poursuivant une collaboration jusque là fructueuse avec la presse parisienne, elle donne chaque dimanche un article de chronique pour Le Figaro dans une rubrique intitulée "L’Opinion d"une femme". Au mois de mars 1925, a lieu la première représentation à l'Opéra de Monte-Carlo de L'Enfant et les sortilèges, un opéra de Maurice Ravel dont l'écrivain a rédigé le livret. L'œuvre suscite l'enthousiasme du public et Colette s’illustre ainsi dans un nouveau registre. A cette époque, elle se lie à Maurice Goudeket, un homme d'affaires. De retour d’un voyage au Maroc, Colette quitte son appartement du boulevard Suchet et s'installe près du Palais-Royal, au 9 rue du Beaujolais, où elle résidera définitivement en 1938. L'écrivain acquiert également une villa, La Treille muscate, à Saint-Tropez, "au bord d'une route que craignent les automobiles".

De nouveaux romans sont édités dans les années qui suivent : La Naissance du jour en 1928, La Seconde l'année suivante, Sido en 1930. Colette, qui est maintenant reconnu comme une des grandes femmes de lettres de son temps, reprend également ses tournées de conférences, d'abord au Maroc puis en Europe (en Allemagne, en Suisse et en Belgique). L'écrivain se casse la jambe le 5 septembre 1931 ; un accident dont elle conservera quelques séquelles. Le 1er juin 1932, elle ouvre un institut de beauté, à Paris, rue Miromesnil. Précédant Duo, La Chatte est publiée en 1933, année où Colette renoue avec la critique dramatique dans les colonnes du Matin. Le 9 mars 1935, l’écrivain féministe se marie pour la troisième fois, à Maurice Goudeket. Au mois de juin, les deux époux sont à bord du paquebot Normandie, qui effectue sa première traversée de l'Atlantique à destination de New-York.

Peu après la déclaration de guerre à l'Allemagne nazie, Colette anime une émission radiophonique à Paris-Mondial, à destination des pays d'outre-mer. A la fin du printemps 1940, elle fuit Paris, comme des milliers de français jetés dans l’exode, et gagne Curemonte, en Corrèze, où réside sa fille. Le 11 septembre, après la signature de l'armistice, l'écrivain est de retour dans la capitale, alors que commence l'occupation. En 1941, ses souvenirs paraissent sous le titre de Journal à rebours. Bientôt cependant, Colette est clouée au lit par les crises d'arthrite. Une nouvelle épreuve l’attend ensuite. Au mois de décembre 1941, son mari est arrêté et interné au camp de Compiègne, en raison de ses origines juives. L’écrivain, à force de démarches, parvient à le faire libérer le 6 février 1942. De ma fenêtre en 1942, puis Le Képi et enfin Trois-six-neuf sont publiés pendant la guerre. En 1945, Colette est élue à l'Académie Goncourt, devenue après un demi-siècle d’existence une institution du monde des lettres. Elle en devient la présidente en 1949. Cette année-là, les Éditions du Fleuron fondées par son mari entament la publication de ses œuvres complètes.

Le 3 août 1954, Colette décède à Paris. La Quatrième République lui rend hommage par des funérailles nationales, non religieuses, qui sont organisées au Palais royal, le 7 août suivant, tandis que l'écrivain est inhumée au cimetière du Père-Lachaise.

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie C