Bourne (Francis)

(23 mars 1861 - 1er janvier 1935)

Francis Bourne est né le 23 mars 1861 à Clapham, dans la banlieue sud de Londres, dans une famille plutôt aisée. Son père comme son grand-père occupaient en effet des postes assez élevés à la direction des postes. 

C'est le grand-père qui, le premier, sur son lit de mort, exprima le désir d'abandonner l'anglicanisme pour se convertir au catholicisme. Son vœu fut exaucé par ses deux fils Henry (futur père de Francis et membre du "mouvement d'Oxford") et Edward, qui rejoignirent l'Église catholique en 1845. Sept années plus tard, Henry Bourne se mariait avec une irlandaise, Ellen Byrne. Originaire de Dublin, elle était elle aussi profondément attachée à la religion catholique. Orpheline de bonne heure, elle avait été élevée à Amiens, au pensionnat des Fidèles Compagnes de Jésus. Elle resta très liée à la fondatrice de cette institution, la mère Marie-Madeleine Bonnault d'Houet, avec laquelle elle entretint longtemps une correspondance régulière. 

Henry Bourne décède en 1870. Sa veuve décide de repartir s'installer en France où le jeune Francis la rejoint régulièrement à l'occasion des vacances scolaires. Il est alors élève au collège d'Udshaw, puis à celui de Saint-Edmund, avant d'entrer au grand séminaire d'Hammersmith. Il poursuit ses études religieuses à Paris (Saint-Sulpice), où ils est ordonné sous-diacre par le cardinal Richard en 1883. Enfin, il achève sa scolarité à l'université de Louvain, où il suit une spécialisation en Écriture sainte et en histoire de l'Église. Il est finalement ordonné prêtre en 1884, par l'évêque de Southwark, monseigneur Coffin. 

Les premiers postes de Francis Bourne le mènent à Blackheath puis à Mortlake, où il exerce le ministère de vicaire. Très vite, et sous l'influence des écrits du cardinal Dupanloup, il s'intéresse aux questions de l'éducation et de la jeunesse (bien des années plus tard, il fera partie de la Boy Scout Association). Après une visite à don Bosco, il entre au service de l'orphelinat de West-Grinstead, où il se fait remarquer. Monseigneur Butt, nouvel évêque de Southwark, lui confie donc la création puis la direction d'un nouveau grand séminaire, à Wonersh, à partir de 1890. Dès lors, son ascension est rapide. Six ans plus tard, il est nommé coadjuteur de son évêque, puis devient lui-même évêque de Southwark en 1897. Il n'est alors âgé que de 35 ans. 

Son évêché couvre toutes les provinces situées au sud de Londres. Il y fait preuve d'un grand dynamisme, faisant bâtir des écoles et des églises, et favorisant l'implantation d'œuvres et d'institutions diverses, notamment en faveur des indigents. Une fois encore, il se fait remarquer par sa hiérarchie. Son action en faveur de l'implication des laïcs dans la vie de l'Église est remarquable. En avance de plusieurs décennie sur les différentes branches de l'Action catholique, monseigneur Bourne associe le clergé et les laïcs à la même oeuvre pastorale. Cette ligne de conduite restera la sienne pendant tout son apostolat. Homme modéré mais persévérant, il refuse de mêler action religieuse et action politique, même si les deux se rejoignent. C'est le cas lorsque la question scolaire agite le Royaume-Uni, en 1906. Bien que partageant les mêmes objectifs que le parti conservateur, il ne s'allie pas avec lui, pas plus qu'il ne se brouille avec le parti libéral alors en pleine tourmente. Ainsi, en sachant maintenir son cap, permet-il à l'enseignement catholique de se développer, passant de 383 écoles primaires en 1871 à 1.385 cinquante ans plus tard. 

Cadet des évêques britanniques, il n'a que 42 ans lorsqu'il est nommé archevêque de Westmister, le 11 septembre 1903. Il en a 51 lorsqu'en novembre 1911 il devient cardinal. Il est alors un prélat respecté en Grande-Bretagne, ainsi qu'en témoigne son portrait publié dans le Daily Telegraph à l'occasion de son accession au cardinalat et qui vante son "génie de l'organisation, son esprit bien équilibré, sa volonté disciplinée, son clair et froid jugement, son zèle soutenu derrière un extérieur toujours froid et calme". Sa stricte neutralité politique lui vaut d'entretenir des rapports cordiaux avec les gouvernements successifs, quelle que soit leur tendance. En 1911 par exemple, il parvient à obtenir du cabinet Asquith la suppression d'une formule traditionnelle du serment royal, prononcée lors du couronnement et jugée blasphématoire par les catholiques. En 1926 encore, il joue un grand rôle dans l'abrogation de lois anciennes et discriminatoires à l'égard du catholicisme. 

De ses vacances et de ses études en France, Francis Bourne a tiré un profond amour de la langue et de la culture françaises. Parfaitement bilingue, il est capable de prêcher aussi bien en anglais qu'en français. Tout au long de sa carrière, cet attachement à la France le poussera à favoriser le rapprochement franco-britannique. Lorsqu'il est supérieur du séminaire de Wonersh tout d'abord, il affilie son établissement à l'Institut Catholique de Paris. En 1897 

ensuite, il accueille à Southwark le pèlerinage français conduit par le cardinal Perraud, venu outre-Manche pour y célébrer le 1.300e anniversaire du débarquement du moine Augustin en Angleterre. Toujours dans le cadre de cet anniversaire de l'évangélisation des îles britanniques et sur les traces d'Augustin, il se rend ensuite en Arles. Les remous politiques et diplomatiques de la Belle Époque lui donnent l'occasion d'influer sur l'opinion publique anglaise. Fervent partisan de l'entente cordiale franco-britannique, il prononce des prêches et des discours dans ce sens : "Personne plus que les catholiques anglais n'a le droit de se réjouir de cette entente et de désirer qu'elle devienne toujours plus forte et plus complète, car l'entente des catholiques anglais avec leurs frères de France n'est pas d'hier : elle est vieille de plusieurs siècles". Il joue un rôle de premier plan également lorsque la loi française de séparation des Églises et de l'État provoque des remous dans les communautés catholiques étrangères. Se faisant l'avocat de la France auprès de ses condisciples britanniques lors de la conférence catholique de Brighton du 24 septembre 1906, il évite que la crise française ne prenne l'ampleur d'une crise internationale. Pendant la Grande Guerre enfin, il donne dans sa cathédrale chaque 14 juillet une messe spécialement dédiée aux soldats Français morts au champ d'honneur. Ces offices funèbres sont généralement suivis par une assistance de choix : le Premier ministre, le ministre de la Guerre, l'ambassadeur de France à Londres, des délégations militaires, des représentants de la famille royale, etc. 

L'action du cardinal Bourne pendant la première guerre mondiale ne se limite pas à ces célébrations religieuses. Usant une fois encore de son influence auprès des autorités politiques, il obtient que le nombre d'aumôniers militaires catholiques soit considérablement augmenté, pour être porté à 500, soit le quart de tous les aumôniers de l'armée de terre britannique. Il obtient également de leur permettre d'accéder à des grades d'officiers supérieurs et il participe à l'organisation de ce corps, commandé à partir de 1917 par un "évêque d'armée". Très actif, il effectue plusieurs déplacements sur le front, tant en France qu'en Belgique ou en Italie (il est reçu par la marine italienne à Tarente), et devient même le premier cardinal depuis quatre siècles à visiter la Grande Flotte, célébrant une messe à bord du vaisseau amiral ! 

En 1918, avec l'approche de la victoire, le cardinal Bourne amorce une réflexion sur les problèmes sociaux qui ne manqueront pas d'émailler l'après-guerre. Dans un message aux catholiques britannique, il réaffirme son désir de promouvoir l'engagement des croyants dans la société, comme celui des laïcs dans l'Église, et les invite "à réfléchir très sérieusement à leurs devoirs de citoyens" et à participer "aux reconstructions de demain", "pour exprimer sur ces graves problèmes le message de l'Église catholique". Comme outil de cet apostolat social qu'il appelle de ses vœux, Bourne encourage le développement de la Catholic Social Guild, équivalent de l'Action catholique française. Toutefois, il reste très méfiant à l'égard des mouvements sociaux revendicatifs et violents. En 1926 dans un texte reproduit dans toute la presse britannique, il condamne solennellement la grève générale qu'il qualifie de "conflit malheureux", arguant que puisque toute autorité vient de Dieu, le fait de s'opposer à l'autorité revient à s'opposer à Dieu... 

Face à la crise irlandaise, Bourne fait preuve de la même modération qu'en politique. Né d'un père anglais et d'une mère irlandaise, il oeuvre pour favoriser le rapprochement des deux partis. Il est d'ailleurs l'un des rares personnages publics de premier plan à pouvoir se targuer d'entretenir d'aussi bonnes relations avec le Sinn Fein qu'avec les courants légalistes. En 1922, en hommage à sa stature de prélat, mais aussi en reconnaissance de ses talents de conciliateur, il est nommé docteur honoris causa de l'université d'Oxford. 

En 1931, le cardinal Bourne est nommé légat pontifical à Rouen et ambassadeur extraordinaire du Saint-Siège auprès du gouvernement français, à l'occasion des cérémonies du cinquième centenaire de la mort de Jeanne d'Arc. Cette nomination est autant la conséquence de sa francophilie que de sa connaissance de l'histoire de Jeanne d'Arc, dont il avait prononcé le panégyrique quelques années plus tôt, lors des fêtes d'Orléans. 

Il revient à Paris une dernière fois en 1933, pour participer à une réunion des anciens élèves de son cours à Saint-Sulpice. Il est alors très affaibli par la maladie et ce voyage lui est pénible. 

Le cardinal Francis Bourne décède à Londres le 1er janvier 1935. 

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie B