Bizolon (Clotilde)

Ecrit par Agnès Granjon

Coligny, 1871 – Lyon, 4 mars 1940

Clotilde Thévenet vient au monde en 1871 à Coligny, dans l’Ain. Jeune fille, elle épouse le cordonnier Bizolon. Leur fils Georges naît le 25 août 1891. Le couple quitte ensuite Coligny et s’installe à Lyon, dans le quartier de Perrache, où le cordonnier a établi sa boutique.

En août 1914, mobilisé dès le début de la guerre au sein de la 3e compagnie du 21e B.C.P. (bataillon de chasseurs à pied) de Montbéliard, le fils des Bizolon est envoyé au front.

Désormais seule, son mari étant décédé depuis peu, Clotilde Bizolon décide de participer à sa modeste manière au soutien du moral des troupes. Avec l’aide de voisins et d’amis, elle installe un comptoir improvisé, formé de quelques planches et de six tonneaux de bois, dans le hall de la gare de Lyon Perrache, et propose gratuitement aux soldats en transit du café, du vin et des mots de soutien. En remerciement, les soldats lui chantent souvent la Madelon. En mars 1915, le malheur s’abat à nouveau sur la jeune veuve : le sergent Georges Bizolon, son fils unique, est tué le 18 aux combats de Notre-Dame-de-Lorette, dans le Pas-de-Calais. Sa mère apprend la nouvelle le 26 par un employé de la mairie du 2e arrondissement de Lyon. Mais elle avait promis à son fils qu’elle continuerait son œuvre même s’il était tué. Et elle tient parole.

Prématurément vieillie, celle que les soldats appellent désormais de plus en plus souvent "la Mère Bizolon" remue ciel et terre pour trouver le financement nécessaire à la poursuite de sa tâche qui a pris de plus en plus d’ampleur. Le bouche à oreille a en effet fait son œuvre. Les soldats sont chaque jour de plus en plus nombreux à s’assembler autour de sa buvette, "Le Déjeuner du Soldat", occasion pour eux de raconter quelques bribes de leur guerre à une oreille compatissante et de recevoir quelques mots de réconfort. Ceux qui le désirent peuvent également mettre quelques pièces dans une petite timbale en fer blanc. L’argent donné par les passants, par les amis et les voisins de la veuve, ainsi que par un riche Américain, M. Hoff, permettent à la buvette de subsister en attendant la reconnaissance officielle qui tarde à arriver. Enfin, les multiples intercessions auprès du maire de Lyon, Édouard Herriot, portent leurs fruits. Devant la gare de Perrache, la mairie fait construire un abri en planches et en zinc, avec un comptoir extérieur, un guichet et une cheminée pour accueillir l’énorme cafetière. La "Maman des Poilus" devient désormais l’une des figures les plus populaires de la capitale des Gaules.

A l’automne 1918, pour fêter l’armistice, la Mère Bizolon quitte son immuable robe noire pour revêtir une robe au large col blanc, souvenir des jours heureux d’avant-guerre. La fin du conflit ne met cependant pas un terme à ses activités. L’ancienne boutique du cordonnier prend la relève de la buvette, pour accueillir les soldats démobilisés. La veuve s’occupe également de différentes œuvres charitables, rend service aux personnes âgées et garde les enfants du quartier. Seuls moments de repos, les quelques jours qu’elle passe chaque année à Peyrieu chez ses amis Hoff. En mai 1925, elle est décorée de la Légion d’Honneur par Édouard Herriot pour services rendus à la nation.

En septembre 1939, à la déclaration de guerre, malgré sa fatigue et une santé chancelante qui lui rend pénible les déplacements et les stations debout, la Mère Bizolon, qui va fêter ses 69 ans, rouvre quotidiennement sa buvette à la gare de Perrache, offrant aux soldats de passage café, vin chaud ou bol de bouillon. 

Mais la Maman des Poilus aura une fin tragique. Le 29 février 1940, elle est agressée chez elle par un inconnu. Transportée à l’Hôtel-Dieu, elle y décède le 3 mars. Ses funérailles, prises en charge par la ville de Lyon, sont célébrées le 7 mars 1940 à l’église Saint-Martin-d’Ainay en présence du cardinal Gerlier, du président du Cartel des Combattants, des conseillers municipaux et de centaines de personnes dont un grand nombre d’anciens poilus. Son assassin ne sera jamais retrouvé.

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie B