Bernhardt (Sarah)

Ecrit par Marc Nadaux et Dominique Petrignani

(22 octobre 1844 - 26 mars 1923)

Henriette Rosine Bernhardt est née le 22 octobre 1844 à Paris. Sa mère, une courtisane d'origine hollandaise, confie très tôt l'enfant à une nurse, en Bretagne. Sarah y reçoit peu de visites de ses parents. A l’âge de sept ans, elle est ensuite placée en pension avant d’entrer au couvent des Grands-Champs, à Versailles. L'adolescente apprécie cette existence de recluse et la chaleur de la vie en communauté parmi les religieuses, à tel point qu’elle songe bientôt à prendre le voile. En 1858 cependant, lors de la visite effectuée au couvent par l’archevêque de Paris, son interprétation de l’ange Raphaël dans une pièce de théâtre écrite par une des sœurs en l’honneur du prélat est remarquée. 

Le comte de Morny, haut dignitaire du Second Empire et ami de sa mère, lui suggère de décider Sarah à se lancer dans une carrière d'artiste. En 1859, celle-ci entre au Conservatoire après avoir fait le choix incongru, lors de l'épreuve d'admission, de réciter Les Deux Pigeons, une fable de La Fontaine,. Cependant, son apprentissage de l’art de la comédie ne s’effectue pas sans heurts avec ses professeurs. Enfin, en 1851, Sarah obtient le second prix de tragédie grâce à son interprétation de Zaïre, une œuvre de Voltaire. L'année suivante, un premier accessit de comédie lui est également décernée.

Avec l’appui de Camille Doucet, ministre des Beaux-Arts à l’époque, Sarah Bernhardt entre en 1862 à la Comédie Française. L'actrice débute sur les planches le 1er septembre lors d'une représentation d'Iphigénie de Racine. Elle quitte cependant l’institution l’année suivante, après avoir giflé une autre actrice… Sarah Bernhardt s’essaie alors dans des œuvres plus légères de vaudeville au Théâtre du Gymnase. Elle connaît bientôt le succès en 1869 au théâtre de l’Odéon en interprétant le rôle de Zanetto dans Le Passant, une pièce de François Coppée. Les succès se suivent alors. L’actrice brille de nouveau dans une œuvre de Racine, Phèdre, puis dans Hernani de Victor Hugo. Ruy Blas du même auteur, joué quelques temps plus tard, lui assure son premier triomphe parisien grâce à sa prestation dans le rôle de la reine d’Espagne.

Les multiples idylles de la comédienne avec les hommes en vue du tout-Paris alimentent alors les chroniques. De ses liaisons amoureuses naît le 22 décembre 1864 un fils unique, Maurice. Afin de préserver son indépendance, Sarah Bernhardt choisit pourtant le célibat et l'indépendance. Pendant le siège de Paris, elle se dévoue auprès des blessés. En 1872, la comédienne quitte l’Odéon et est bientôt de retour au sein de la Comédie française. Elle devient sociétaire de l'institution en 1875. Pourtant Sarah Bernhardt se heurte au directeur de l’époque, Émile Perrin. Celui-ci ne parvient qu'à grand peine à s'imposer auprès de l’actrice qui multiplie les caprices. Son statut de vedette de la scène parisienne lui autorise d’ailleurs quelques excès. Émile Perrin n'accorde bientôt plus à l'actrice que des rôles secondaires. La mort d’une de ses sœurs, Régina, affecte alors profondément Sarah Bernhardt. Elle connaît une crise morale. La comédienne prend l’habitude à cette époque de sommeiller dans un cercueil pour se rappeler la fatalité de son destin de mortel au delà de l'illusion que lui procure la gloire.

La Comédie française commence alors une tournée outre-Manche. Celle-ci connaît un franc succès. Sarah Bernhardt est plébiscitée par le public anglais. De retour à Paris, elle doit pourtant subir à nouveau les assauts de la critique. Celle-ci atteint son paroxysme au moment où Sarah doit interpréter Clorinde dans L’Aventurière d’Émile Augier. Ce rôle antipathique ne lui convient guère et la prestation de l'actrice lors de la première est décevante. Elle décide, le 17 avril 1880, de quitter définitivement l’institution. Le 15 octobre suivant, Sarah Bernhardt part pour une nouvelle tournée à l’étranger, aux États-Unis cette fois-ci puis en Russie et dans le reste de l’Europe l’année suivante. A son retour en 1882, elle se marie avec un aristocrate grec, Ambroise Aristide Ramala. Le couple se séparera l’année suivante.

Libérée alors des contraintes précédentes, elle se lance dans l’interprétation de rôles tels que La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils ou Adrienne Lecouvreur d’Augustin Eugène. Ceux-ci lui permettent d’affirmer son jeu d’actrice. Ils laissent place à d'avantage de féminité et de fantaisie. La sensualité de sa voix et la grâce de son jeu de scène fascinent les foules. Sarah Bernhardt, adulée, devient une star. Dans les années qui suivent, la comédienne collabore avec l'écrivain Victorien Sardou. Le duo multiplie les drames historiques à succès : Fédora en 1882 au Vaudeville, Théodora en 1884 puis La Tosca en 1887 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin dont elle prend la direction. Jeanne d’Arc de Jules Barbier en 1890 puis Cléopâtre également de Victorien Sardou lui apportent également le succès.

En 1893, Sarah Bernhardt devient la directrice du Théâtre de la Renaissance. Elle crée La Princesse lointaine d’Edmond Rostand en 1895 puis Lorenzaccio d’Alfred de Musset, La Samaritaine, également d’Edmond Rostand, en 1897 et enfin La Ville morte de Gabriele d’Annunzio en 1898. La même année, la comédienne obtient de la mairie de Paris le bail du théâtre des Nations, auquel elle donne bientôt son nom. Elle y joue Hamlet de Shakespeare en 1899. Sarah Bernhardt créée également L’Aiglon le 15 mars 1900, une pièce écrite pour elle par Edmond Rostand et pour laquelle elle sacrifie sa chevelure afin de jouer le rôle du duc de Reichstadt. Elle reprend ensuite Angelo en 1905 puis Lucrèce Borgia de Victor Hugo en 1911.

Depuis quelques années, la comédienne participe à l’aventure nouvelle du cinéma muet en reprenant quelques uns de ses succès devant la caméra. L’actrice reçoit la Légion d’Honneur le 14 janvier 1914. 

Amputée d’une jambe en février 1915, Sarah Bernhardt décède à Paris le 26 mars 1923. Celle qui fut la première des stars n’est pas jugée digne des funérailles nationales. Cependant 30.000 parisiens viennent se recueillir devant son cercueil dans son hôtel du boulevard Pereire. De nombreuses personnalités se retrouvent dans le cortège funèbre qui parcourt les rues de la capitale trois jours plus tard. Celle que l’on surnomme "la Divine" était parvenue grâce à son talent et malgré les frasques de son existence à donner de la respectabilité à la profession de comédienne.



Pour en savoir plus :


http://www.chez.com/sarahbernhardt
http://www.sarah-bernhardt.com/
Un site français qui nous ouvre l'univers intérieur de Sarah Bernhardt, un site en anglais reconstituant le parcours scénique de la comédienne. L'ensemble s'enrichit de multiples clichés photographiques de la "divine".

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie B