Albert-Petit (Armand-Alexandre)

Ecrit par Éric Labayle

(16 novembre 1860 - 1944)

Armand-Alexandre Albert-Petit est né à Gasny, dans l'Eure, le 16 novembre 1860. Il effectue sa scolarité à Évreux, où il obtient de brillants résultats, décrochant notamment la première place au concours général, en histoire et en discours latin.

A l'âge de 18 ans, le jeune homme quitte sa Normandie natale et "monte" à Paris, où il devient vétéran de rhétorique au lycée Louis-le-Grand. De là, il entre bientôt à l'École Normale Supérieure d'Histoire. Il est agrégé en 1884 et commence sa carrière d'enseignant au lycée de Caen, où il officie de 1884 à 1887.

En 1887, il quitte la France pour prendre le poste de professeur d'histoire à l'École Polytechnique suisse, à Zurich. Il y remporte un grand succès et ses cours sont suivis par une assistance sans cesse plus nombreuse. Sa leçon sur la guerre de 1870-1871 surtout est appréciée par ses étudiants, ainsi que par des auditeurs étrangers à l'école. Cet afflux imprévu de spectateurs rend vite sa salle de classe trop petite ! C'est dans le grand amphithéâtre de l'école qu'il doit désormais enseigner. Il rentre à Paris en 1890 et reçoit comme affectation une chaire d'Histoire au lycée Janson-de-Sailly, qu'il ne quittera qu'en 1923. 

C'est pendant son séjour helvétique qu'il publie en 1888 son premier livre : La France économique. Quelque temps plus tard, il entame une longue collaboration de presque quarante années avec le Journal des Débats, dans lequel il s'occupe plus particulièrement des questions de démographie, d'éducation, de budget et de politique. Il rédige des rubriques similaires dans la Dépêche tunisienne, pour laquelle il élargit sa réflexion à l'empire colonial. La Revue des Deux Mondes également reçoit sa contribution. Il y publie notamment des articles sur la Révolution française, sur l'histoire de la Normandie ou sur la méthode historique. Dans la Revue de Paris également, il dirige une rubrique de critique de livres d'histoire. Plus épisodiquement enfin, il écrit dans d'autres journaux et revues plus ou moins spécialisées dans l'histoire ou dans les questions de l'éducation : la Revue hebdomadaire, la Revue bleue, la Revue politique et parlementaire, l'Éducation, la Revue de France, l'Économiste français, etc. 

En 1902, le ministre de l'Instruction Publique, Georges Leygues, fait appel à lui pour siéger dans la commission préparatoire à la réforme de l'enseignement. Déjà professeur et journaliste reconnu, Albert-Petit devient l'un des acteurs importants de l'élaboration du système éducatif français. 

En 1911, il prend la tête d'une collection d'ouvrages d'histoire régionaliste : les Vielles Provinces de France, dont 19 volumes paraîtront jusqu'en 1935. Il rédige lui-même le tome consacré à l'Histoire de Normandie, lequel est couronné par l'Académie française. C'est dans l'avant-propos de ce livre qu'Albert-Petit apporte une justification intellectuelle à cette passion pour l'histoire des régions de France, déjà ancienne chez lui : "On comprend de plus en plus la nécessité d'intéresser le grand public à l'histoire régionale, trop longtemps réservée aux seuls spécialistes. Elle donne un caractère plus vrai, plus vivant, plus concret, à l'histoire générale ; elle peut contribuer grandement à enrayer l'exode des campagnes vers la ville, de la province vers la capitale. Il est bon qu'un peu de patriotisme local flotte autour du clocher ou du beffroi natal. En s'intéressant au rôle joué par leurs aïeux dans le grande drame national d'où l'unité de la France est sortie, les habitants de nos anciennes provinces retrouvent leurs lettres de noblesse". Avec plusieurs décennies de recul, il est permis de douter aujourd'hui de l'efficacité de l'histoire régionale comme frein à l'exode rural... 

Lorsque survient la première guerre mondiale, la collection des Vieilles Provinces de France concourt elle aussi et à sa manière à la campagne de justification du conflit auprès de l'opinion publique. C'est en 1915 en effet que paraît le tome consacré à l'Alsace : Comment l'Alsace est devenue française. Célébré à l'époque comme un monument d'objectivité, ce beau travail d'érudition n'est pourtant pas exempt d'arrière-pensées. Sous couvert d'étude historique, il participe à la propagande en faveur d'une guerre juste qui permettrait à l'Alsace de retrouver sa mère-patrie dont elle n'a que trop longtemps été séparée... 

Après l'armistice, Albert-Petit rassemble dans une monumentale étude ses articles parus pendant la guerre dans le Journal des Débats et qui ont trait à la politique intérieure française. Ce recueil, complété par des documents annexes et par un texte de synthèse, est publié en trois tomes et intitulé La France de la Guerre. 

Mais cet historien éclectique et ami de Camille Jullian s'intéresse également à de plus lointaines périodes et à des régions situées au-delà des limites de l'Hexagone. Dans Ce qu'il faut connaître de la Rome antique, paru en 1927, il fait le point sur les dernières découvertes en histoire romaine et, en dressant l'inventaire des fouilles réalisées au cours des cinquante années précédentes, il s'efforce de proposer un tri entre ce qui relève de la légende et ce qui est avéré par des éléments scientifiques ("On a retrouvé la trace de tant de choses réputées fabuleuses qu'il est imprudent de nier a-prioiri ce qui paraît tel", écrit-il dans ce livre). Une fois encore, son travail est couronné par l'Académie française, en 1928. 

Au début des années trente, Albert-Petit collabore à l'Histoire de la IIIe République (publiée en 1933), pour laquelle il rédige le chapitre consacré à l'histoire de l'enseignement et de l'Université. A cette époque, il est l'un des historiens les plus en vue de sa génération.

Poursuivant ses publications dans diverses revues, il est sollicité pour donner des conférences dans toute la France et en Suisse. L'Académie des Sciences Morales et Politiques lui demande également de prononcer diverses interventions, notamment sur les pratiques pédagogiques, sur la sociologie ou sur le système éducatif français. 

Le 9 mars 1935, il fait son entrée solennelle dans cette même académie, élu au 2e fauteuil de la section de morale et de sociologie, précédemment occupé par Alfred Rébelliau. Il y siège jusqu'à sa mort. En 1944, c'est Georges Duhamel (qui est alors également secrétaire perpétuel de l'Académie française) qui lui succède. 

le vendredi, 22 janvier 2016 posté dans la catégorie A